30.09.2008
Crédit d'un pot
Ce matin, j'ai surpris cette conversation dans un café :
La patronne : «Ces agences immobilières valent pas mieux que les administrations. Des papiers, encore des papiers.»
Le client : «La crise va les calmer. Tu vas voir…»
La patronne : «T'as raison.»
Le client : «Tu te souviens, il y a deux ou trois ans, le Crédit Agricole a racheté plein d'agences dans la région. Souvent trois ou quatre fois leur prix réel. Royal... Eh ben, maintenant c'est un vrai bordel. Ils parlent même d'en fermer.»
La patronne : «Ca lui fait les pieds, à c'te banque.»
Le client : «Ils en ont prêté, du fric, les banquiers, et ils en ont claqué. Mais aujourd'hui, avec la bourse qui part en couille, ils font la quête. Ils ont l'air malin, tiens.»
La patronne : «Et c'est qui qui va payer la note ? Nous… Quoi que… T'as vu en Amérique, les politiques, ils ont refusé de faire payer le contribuable. Moi je dis on devrait faire comme en Inde. Les mauvais patrons, faut les lapider à coups de barre de fer. Ils réfléchiraient peut-être à deux fois avant de faire des conneries…»
Le client : «Bon, combien je te dois ?»
La patronne : «Un trente… Tu sais que ma Renault 25 a pas passé le contrôle technique ?… Elle peut plus. Faut dire qu'elle à 23 ans. Je vais la changer, je peux plus reculer.»
Le client touille le fond de son porte-monnaie avec son index. Puis il lève la tête et dit : «Ah ben, j'ai pas assez. Tu me fais crédit pour mon café ?»
15:38 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : banques, amérique, agences immobilères
Céline viré des chiottes par le maire de Strasbourg
Ce qui se trame à Strasbourg, habituellement je m'en tamponne le vertugadin. Mais là, quand même, ça vaut le coup d'y plonger sa lunette une seconde. Un designer bancable, le genre qui se mouche pas du coude, a décoré là-bas une nouvelle médiathèque. Comme c'est un astucieux, il s'est dit : au lieu de bouser dans le bâtiment une signalétique achetée au prix de gros, je vais graver des phrases d'écrivains célèbres, comportant chacune un mot-clé. Et hop, envoie les rotins. Ainsi, de Céline, ces deux lignes de Rigodon sur la porte des chiottes pour hommes : «Je vous laisse en plan et mes comics… Vite, mes oignons, que je vous retrouve ! Par ici, Mesdames et MESSIEURS… Encore deux mille pages au moins !» Le mot-clé est MESSIEURS. Voyez le génie du mec… Quelques jours avant l'inauguration du bazar, un universitaire de renom s'en va égoûter sa nouille aux ouaters. Alors qu'il a déjà la main à la braguette, le nom honni de Céline lui saute au visage. Un peu comme le poulpe dans Alien. Et il pisse sur ses mocassins. Fou de rage, et les chaussettes trempées, il appelle son pote le maire de Strasbourg, un homme nommé Roland Ries (de veau), qui lui dit, j'imagine en s'étranglant : «Sèche-toi les burlingtons, j'arrive ! Le Céline, on va le faire sauter !» Chose promise, chose due (seule promesse qu'il a dû tenir dans sa carrière), l'élu ramasse un manard aux services techniques de la ville (le travail manuel, ça le rebute), et la célinienne plaque des chiottes rejoint illico le container à ordures au fond de la cour. Depuis, à la médiathèque de Strasbourg, les mecs se décalottent le gland dans les chiottes pour femmes. Alerté, le MLF publiera un communiqué sous peu.
14:24 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : roland ries, rigodon
29.09.2008
Les cinq jambes de Sarkozy
Caliméro des tabloïds, Robert Ménard ne pleurera plus pour Reporters Sans Frontière, dont il vient de quitter le secrétariat général, sans doute à court de larmes et déshydraté. Cependant, fermera-t-il sa gueule ? Malheureusement, non. Sa tronche nativement déconfite, il a déjà plus ou moins décidé de la montrer en politique, où son humanisme dégoulinant lui rapportera de nombreux suffrages médiatiques. Et peu lui importe la couleur du pot, pourvu qu'il ait la confiture.
Depuis la semaine dernière, les journalistes poussent des cris de chats-huant parce qu'un photographe de Paris-Match a mal photoshopé un cliché de Sarko, lequel s'est trouvé affublé d'une troisième jambe, que Carla ne lui connaissait pas. Par voie syndicale, ils ont dénoncé une «pratique honteuse», pourtant très courante — qu'ils osent dire le contraire ! Ah bon, ils osent ?… Les fils de pu… blication !…
Contrairement à la vérité, le mensonge est universel et le trucage est comme l'air que nous respirons : indispensable à notre survie. Prétendre le contraire, c'est encore affirmer la primauté du mensonge. La vérité est un fétiche inventé par les philosophes et les religieux pour mener le troupeau par le bout du nez. La vérité est le mensonge absolu. Moralité, un président équipé de trois jambes vaut bien un mouton à cinq pattes.
10:21 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : robert ménard, caliméro, photoshop
28.09.2008
Renaud Matignon
Renaud Matignon était un grand écrivain, c'est pourquoi il n'a jamais écrit un livre. Il se contentait de mettre à nu ceux des autres, avec un talent qui leur était souvent supérieur, voire étranger. Peu de temps après sa mort survenue en 1998, les éditions Bartillat ont rassemblé et publié ses chroniques littéraires sous le titre La liberté de blâmer… Les éditeurs ont parfois des idées lumineuses. Extraits :
A propos d'un livre de Marc-Edouard Nabe : «Des grandiloquences d'opéra racontent des miettes d'insignifiance. C'est Wagner chez les pucerons.»
Sollers : «Bernard Tapie de la chose imprimée, il se fait éditeur, critique, chef des ventes et agent publicitaire. Il use de son charme et se consacre des commentaires, généralement élogieux. Il obtient, en outre, ceux du Monde et des grands hebdomadaires. Enfin, il a pris soin d'organiser une campagne de promotion dans les publications étrangères. Ca, c'est pour l'exportation.»
Djian : «Il y a des écrivains, qu'ils parlent de la pluie, et tout soudain, oui, voici qu'il pleut. C'est vrai chez les plus dissemblables, Proust ou Mauriac, ou Simenon, ou Colette, ou Genet — et chacune de ces pluies est différente des autres, elle a son odeur et sa musique propres, et le lecteur en est tout imprégné. C'est vrai de tous les romanciers. Ce n'est pas vrai chez M. Philippe Djian, et ce doit être une bénédiction que la compagnie de cet homme-là pour le promeneur sans parapluie : même sous des trombes d'eau, pour peu qu'il vous raconte l'averse, on se sentira au sec.»
Duras : «Mme Marguerite Duras, qui n'a rien à dire, vient de le dire longuement à la télévision. Elle mettait dimanche soir un bouquet final à ce silence bavard et sentencieux. Comme le langage articulé à peu de place dans son discours, elle s'est rattrapée sur les blancs et les points de suspension. Et comme l'inventaire de son œuvre et de sa pensée lui laissait des loisirs, elle s'est promenée autour d'elle-même avec une satisfaction sans réplique.»
Sagan : «Avec Un chagrin de passage Françoise Sagan n'y va pas de main morte. Elle s'ennuyait, sans doute, dans ces passions en sourdine et ces bonheurs disparus qui constituent proprement le paysage saganien. A l'heure du sida, de l'effondrement du communisme et de la faim dans le monde, l'instant était solennel, il fallait un sujet qui ne le fût pas moins. Elle a trouvé : un homme, chez le médecin, apprend qu'un cancer le condamne : il lui reste six mois à vivre. Racontez sa journée. Voilà Mme sagan devant le vide du monde. Mme Sagan raconte. C'est accablant.»
Besson, Patrick : «M. Besson écrit comme on expédie des paires de claques, mais on a l'impression qu'il tape du pied moins pour faire mal que pour être applaudi, et qu'il déplaît pour être aimé.»
Gallo : «Nous apprenons que M. Max Gallo, député socialiste des Alpes-Maritimes et de justesse vient de publier un roman sous le titre Un crime très ordinaire. Aux Niçois qui mal y pensent nous tenons à assurer que leurs craintes étaient vaines. M. Gallo n'a pas publié un roman. Son objet en forme de livre ressemble à un livre. Il a la même odeur que le livre mais ce n'est pas un livre. M. Max Gallo, qui prétend faire le portrait de notre société, avec une goutte d'affaire de Broglie, un zeste d'affaire Fontanet et un rien de corruption niçoise, est le Canada Dry de la littérature… Comme tous les bons élèves, il confond les accords de Yalta et les accords de participe.»
16:03 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : sollers, djian, duras, sagan, nabe, besson, gallo
24.09.2008
Le révisionnisme par l'image
Bruay-en-Artois, 1972. Le corps d'une jeune fille étranglée, puis mutilée, est découvert sur un terrain vague. La presse parisienne s'intéresse à ce fait divers quand un notaire est arrêté. Suivront des années d'enquête qui n'aboutiront à rien. Le notaire est relâché, le crime classé sans suite et finalement prescrit en 2005. Lundi soir, TF1 a diffusé un téléfilm relatant cette histoire. Reconstitution soignée, avec «costumes d'époques» (gabardines, pulls en grosse laine, pantalons pattes d'ef) et voitures miraculeusement encore en état de marche (R8, R16, DS, GS). Deux scènes tournées dans un bar bondé laissent néanmoins pantois. La bière coule à flot, mais personne ne fume !
09:21 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bruay-en-artois
20.09.2008
Confinement de la métaphysique
La laïcité ne protège pas la République des religions, clubs en tout point semblables aux autres, elle la tient éloignée de la métaphysique, dont elle redoute l'extrême toxicité. Telle usine n'est pas blâmable de fabriquer des poupées de celluloïd, elle l'est de faire usage de solvants au benzène. En remplaçant les solvants par des produits à l'inocuité démontrée, cette usine recouvre son droit de cité. Ainsi, quand le Pape nous entretient de théologie, il reçoit de la part des républicains la volée de bois vert qu'il mérite ; mais quand le Secours Catholique fait œuvre sociale, il est reconnu d'utilité publique. La République commence avec le confinement de toute métaphysique.
11:33 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : laïcité, république
19.09.2008
Leçon de franZEP
Texte découvert sur l'anticlopédie Wikipédia. Contrairement aux apparences, il n'est pas écrit en chinois, mais en franZEP. Le surlignage en couleur est un outil ludique dont nous avons pensé qu'il faciliterait l'intelligibilité du propos. Si tel n'était pas le cas, nous invitons les lecteurs de ce blog à consulter le Guide des interjections et onomatopées du pithécanthrope d'Alphonse Lessourcils.
«Entre les murs est un roman de François Bégaudeau, paru en 2006. Ce roman cherche à rendre compte au plus près du réel de la vie d'une classe du Collège Françoise Dolto dans une ZEP du XXè arrondissement de Paris. Un jeune professeur de lettres s'efforce d'enseigner à des élèves d'origines multiples (1) un français finalement assez différent du leur. Témoignage de la césure entre les acquis culturels des classes populaires et les attentes académiques, du dysfonctionnement d'une école républicaine qui peine à réduire les inégalités, le texte n'est pas pour autant un constat d'échec et il se dégage une énergie très positive de cette confrontation, voire de cet affrontement, à la voix, au corps, à intelligence d'une jeunesse vive et métissée. La littérature cherche ici à transcrire l'oralité et célèbre une langue éminemment vivante en un récital de répliques. Ce livre, troisième roman de l'auteur, lui vaut de recevoir le Prix France Culture/Télérama et la reconnaissance tant de la critique que du public puisqu'il s'est écoulé à plus de 170 000 exemplaires. Il constitue la matière du scénario du film éponyme de Laurent Cantet, tentative de prolongement cinématographique du même projet, qui a obtenu la Palme d'or du Festival de Cannes 2008.»
(1) Origines multiples : qualité des personnes à la fois esquimaudes, bretonnes, maliennes, ougandaises, aborigènes, bordelaises, etc.
15:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : entre les murs, wikipédia
18.09.2008
Et si on se retrouvait, Martine...
Après une brève carrière d'actrice, Cécile Aubry se lança dans l'écriture de livres pour la jeunesse. Belle et Sébastien, pour n'en citer qu'un, connut un beau succès, et fut même adapté au petit écran. J'avais huit ou neuf ans quand je regardais ça. J'aimais bien le chien. Martine Aubry, qui n'a pas encore renoncé à sa carrière d'actrice, écrit aussi. Elle vient de publier Et si on se retrouvait…, un livre d'entretiens qu'elle aurait eus avec le sociologue Jean Viard et le journaliste Stéphane Paoli, celui-là même qui sort de son pageot pour écrire, contrairement à Proust. Entre parenthèses, si j'écris «aurait eus», c'est simplement parce que je n'y étais pas ; ni au lit, ni dans la pièce où ces prétendus entretiens se seraient déroulés. J'en ai assez de gober les yeux fermés tout ce que les journaux racontent : la mère Michèle à perdu son chat, le train sifflera trois fois, la mariée était en noir… qu'on m'apporte des preuves ! Faute de quoi je persisterai dans le conditionnel.
Je me suis bien gardé de lire le livre de Martine Aubry. Ce qu'elle fait avec deux hommes d'âge mûr pour s'entretenir ne me regarde pas. Je m'étonne cependant qu'avec un titre pareil la censure ne l'ait pas déjà précipité dans les enfers de la Bibliothèque Nationale. Des invitations telles que Et si tu montais boire un dernier verre…ou C'est quand tu veux…n'auraient pas été plus suggestives et propices à inciter à la débauche. Par ailleurs, comment ne pas remarquer que le verbe «retrouver» dans la phrase Et si on se retrouvait… indique une évidente volonté de récidive de la part de la malheureuse. Elle y a pris goût et en redemande. Encore un mauvais tour du vice, n'aurait pas manqué de souligner la comtesse du Pas. Enfin je note que ce livre s'est faufilé dans les librairies en pleine rentrée littéraire, dans le sillage des chefs-d'œuvres d'Angot et Millet, nos deux ameugnounantes et néanmoins nationales messalines. Tirez-en les conclusions qui voudront bien s'imposer à votre esprit. A quelques semaines du sacre de Bertrand à Reims, le Parti Socialiste est vraiment dans de beau draps. A propos, qui portera la traîne ?
21:39 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : martine, cécile, aubry, parti socialiste, paoli, viard
"Le 19ème à travers les rages"
Loin de Paris, depuis son île, mon vieux pote Pierre m'envoie des nouvelles du 19ème. Pas le siècle, l'arrondissement. Aux culs serrés, ça semblera gonflé de relater des évènements auxquels on n'a pas assisté, pourtant c'est à quoi se livre chacun de nous après la lecture du journal. Adoncques, mon doigt dans les fions étroits. Comme il a des lettres, l'ami Pierre, il a brillamment paraphrasé Muray en titrant : Le 19ème à travers les rages. Et d'ailleurs j'enrage de n'y avoir pas pensé.
« Entre porte de Pantin et Laumière, chaque semaine nous apporte son petit lot d'agressions, de caillassage, et de cassage de gueules. Pour un regard, pour une kipa, pour un bout de trottoir, pour un oui ou pour un gnon, c'est la guerre à Crimée ! La bande à Djibril nique sa race a celle de Kevin. "Ourcq" fait Jonathan en recevant une beigne. "Jaurès ta peau" dit Abdel en balançant ses grattons. La mairie du 19e et la préfecture de Police, en chorale, définissent "en creux" l' arrondissement. Il n'est pas "une zone de non-droit" et "un lieu d'affrontements entre bandes rivales". Et les faits "ne sont pas des actes antisémites", les motifs "ne sont pas réligieux", "ce n'est pas la transposition du conflit israelo- palestinien".»
Toute la chiennerie des politiques et des fonctionnaires ramassée en quelques formules ! De la belle ouvrage murayenne, Pédro… Quant à nos bellicistes dix-neuvièmistes, qu'ils ne se privent surtout pas d'aller se mettre sur la gueule ailleurs. Après tout, il y a des hôtels pour ça…
11:27 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : muray, 19ème arrondissement, israélo-palestiniens
16.09.2008
Richard Wright
J'ignore s'il avait un frère avec lequel il faisait de l'aéroplane, mais Dieu sait si j'ai plané sur ses accords. Je saisis l'occasion de sa mort pour crever un abcès qui gonfle depuis quarante ans. Après le départ de Barrett le fou et l'arrivée de Gilmour, les Floyd n'auraient plus présenté qu'un intérêt mineur. Z'auraient fait du commercial, genre paquet Bonusque. Voilà bien le type de conneries que les critiques adorent servir, et que les gastéropodes se régalent d'entendre. Soyons clairs : cette idée louftingue procède de la mystique la plus déjantée. En gros, elle signifie que les balbutiements d'un groupe correspondent à un moment de pureté originelle indépassable. Si ma mémoire alzheimerisée ne me trahit pas trop, je crois d'ailleurs me souvenir que les Clash ont subi le même traitement. Et il y en a d'autres. Qu'un groupe passe du bruit à la musique, il se trouve aussitôt un critique pour le déplorer. Je viens de réécouter Interstellar Overdrive. Par acquis de conscience, comme on dit. C'est touchant. On dirait presque un morceau des Doors. Mais joué par la Bande à Basile. Si Wright est mort hier, et avec lui une certaine manière de jouer du synthé, les Floyd ont disparu depuis longtemps déjà, en fait AVEC the Wall. Je dis ça pour pas prêter le flan aux gastéropodes. Restent les autres albums : du pain de musique pour encore des dizaines d'années.
16:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pink floyd










