31.03.2009
Bouton, manchettes et SocGen
Selon L'Express, Daniel Bouton pourrait toucher un million d'euros de retraite par an. Information encore au conditionnel, mais déjà reprise par tous les journaux et sites internet. C'est un Bouton de manchettes.
En survolant cette info ce matin, je n'ai pas compris d'emblée de quoi ni de qui il s'agissait, Bouton étant associé à une improbable SocGen. SocGen… comme Société Générale. C'est du novlangue, typiquement orwellien. On nage en plein Océania : miniver pour ministère de la vérité, etc. Quand les journalistes écrivent ces anti-mots, on peut parier, sans risquer de perdre sa mise, qu'ils éprouvent la satisfaction d'appartenir à un club très fermé — celui des caniches nains.
Une question me turlupine. Notre novlangue est-il une conséquence de la folie rationalisatrice qui s'est emparée du monde, ou l'application à la lettre des recettes linguistiques de tonton Orwell ? Il est quand même frappant de constater à quel point la société occidentale réalise le programme de 1984, comme elle réalise, beaucoup plus fidèlement d'ailleurs, celui du Meilleur des Mondes de Huxley. D'où mon étonnement teinté de paranoïa : ces deux romans ressemblent plus à des modèles à atteindre qu'à des anticipations dystopiques. Modèles dans lesquels technocrates et législateurs, relativement dépourvus d'imagination, puiseraient impunément leur inspiration. Peut-être faudra-t-il un jour les brûler. Comme dans Fahrenheit 451.
13:51 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : société générale, daniel bouton, dystopie, orwell, huxley
30.03.2009
Si nous avions fait la guerre...
Si la France, l'Allemagne et, dans une moindre mesure, la Russie s'étaient embarquées dans la galère irakienne aux côtés des américains, que ce serait-il passé ? Hypothèse : la coalition auraient agi sur mandat de l'ONU. Les pays arabes, dans leur grande majorité, auraient suivi les occidentaux ou, du moins, n'auraient pas mouffeté, ou alors très peu. Le Pakistan n'aurait pas oscillé longtemps entre le moindre et le pire, et l'Afghanistan ne se serait pas transformée à nouveau en poudrière. Saddam Hussein aurait été exfiltré, puis jugé par le Tribunal Pénal International. Il purgerait actuellement une peine de prison à perpétuité dans une geôle néerlandaise, ou norvégienne, pourquoi pas ? La guerre en Irak serait une affaire classée. La guerre civile n'aurait jamais eu la possibilité de s'y faufiler depuis l'Iran et la Syrie. N'ayant pas la possibilité de faire entendre leurs voix discordantes, les mollahs iraniens se seraient trouvés irrémédiablement isolés, et la révolution islamique serait en péril. La Syrie aurait réfléchi à deux fois avant de faire assassiner Rafiq Hariri. Le Hamas n'aurait jamais pris le pouvoir en Palestine. Israéliens et palestiniens auraient été contraints de multiplier les signes de bonne volonté à l'égard l'un de l'autre. Dans les pays occidentaux, malgré d'importantes manifestations d'opposants, et peut-être même des heurts assez violents dans les banlieues, la pilule, même très amère, aurait fini par passer. Et l'extrême-gauche ne frimerait pas dans les sondages aujourd'hui. Les américains et les grands bailleurs de fonds internationaux seraient beaucoup moins endettés. Le choc très violent des subprimes aurait été absorbé plus facilement. Ajoutons à cela que Jacques Chirac serait moins populaire dans le monde arabe et que Barack Obama serait probablement encore sénateur. Le monde serait très différent. Et Paris tiendrait dans une bouteille, que siroterait un magnat texan du pétrole.
16:06 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : irak, américains, chirac, arabes, russie
Le gène du secret
Lu sur le site du journal Le Monde aujourd'hui : «Le fichier génétique renferme ce qu'on a de plus secret : nos gènes.» Ah bon ? Je croyais qu'ils étaient parfaitement déchiffrables, contrairement à notre âme, notre caractère ou notre moi, il est vrai toujours changeants et irréductibles, et par conséquent peu à même d'être mis en fiches. L'idée de secret aurait-elle acquis une autre signification pendant que je dormais la nuit dernière ?
14:19 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fichier génétique
27.03.2009
Paris-Match fête chichement ses soixante ans
Je m'attendais à un numéro hors-série bourré à craquer de unes et de photos choc. Je me voyais déjà lâcher un billet de dix. J'ai donné deux euros quarante pour un numéro ordinaire, triste : un numéro de crise. C'est Paris-Mat.
Le seul gros effort consenti par l'hebdo pour son anniversaire a été de payer des écrivains, pas loin d'être mat aussi, pour évoquer les six décennies durant lesquelles Match a régalé les salles d'attente des vétérinaires et des dentistes.
Années cinquante : Patrick Besson. «Les années 50 sont whisky. On terminait la bouteille. Les voyages étaient désorganisés. Comme il n'y avait pas de limitation de vitesse et qu'on avait le droit de conduire saoul, on arrivait sur la Côte d'Azur le lendemain matin et à Venise le midi suivant.» Besson aurait dit la même chose des années 1850 en remplaçant les voitures par des calèches et le whisky par un tord-boyaux du Bas-Berry.
Années soixante : Philippe Labro. Dit La Brocante. Un tas, un kern, une pile de faits «marquants» négligemment jetés sur le papier comme des babioles sur un banc aux puces de Montreuil. Tout à un euro. Impossible à citer car illisible.
Années soixante-dix : Patrick Rambaud. Où l'on apprend que le Saint-Simon du règne de Nicolas 1er en pinçait pour Giscard. C'est un scoop, spécialité de Paris-Match.
Années quatre-vingt : Michel Houellebecq. Un long, un long papier sur Daniel Balavoine. Si laudateur qu'on dirait du laudanum. A lire après s'être injecté 10 cc de café en intraveineuse. Ne pas hésiter à s'en remettre une dose en cours de lecture.
Années quatre-vingt-dix : Frédéric Beigbeder. Il écrit vraiment comme un auteur de BD bègue. A retenu de ces années qu'elles n'étaient pas sérieuses et que «l'Histoire est une vaste plaisanterie, de très mauvais goût, puisqu'elle dure depuis si longtemps.» En somme, une gueule de bois.
Années deux mille : Florian Zeller. Après avoir écarté la longue mèche de cheveux blonds qui lui barre l'horizon, il a enfanté un papier de quatre feuillets, où il remarque que les mots «grillons», «ormeaux», «cresson», «noisetiers», «bruyères», «tilleuls», dont Rimbaud parsemait ses poèmes, ne disent plus rien à l'homme d'aujourd'hui. S'il parle pour lui, ce n'est pas faux.
18:31 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : besson, zeller, houellebecq, rambaud, labro, beigbeder
26.03.2009
L'Europe rongée par la mémoire
Kundera conclut son dernier livre* par une brève étude d'un roman de Malaparte, La Peau**. C'est pour lui l'occasion d'établir plusieurs constats sur l'Europe.
Elle ne s'est pas libérée seule du joug nazi. L'Amérique, son libérateur, l'a remodelée. Les guerres qui opposaient régulièrement les nations qui la constituent n'ont plus lieu. La haine s'est retirée à l'intérieur de ces nations. Le combat a changé «d'essence : le but de la lutte n'est plus l'avenir, le prochain système politique (…), mais le passé». Et c'est sur «le champ de la mémoire» qu'a lieu «le nouveau combat européen».
«Quand dans La Peau, ajoute-t-il, l'armée américaine occupe déjà le nord de l'Italie, les partisans en toute sécurité tuent un compatriote délateur. Ils l'enterrent dans une prairie et, en guise de stèle, laissent son pied, encore chaussé d'un soulier, se dresser au-dessus de la terre. Malaparte, qui voit cela, proteste, mais en vain, les autres sont ravis du ridicule qui restera du collabo comme un avertissement pour l'avenir. Et nous le savons aujourd'hui : plus l'Europe s'éloignait de la fin de la guerre, plus elle proclamait comme un devoir moral de rendre les crimes passés inoubliables. Et comme le temps s'écoulait, les tribunaux punissaient des gens de plus en plus vieux, les régiments de dénonciateurs envahissaient les broussailles de l'oublié et le champ de bataille s'élargissait aux cimetières.»
*Une rencontre, Gallimard
**Folio
16:03 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kundera, malaparte, nations, amérique
25.03.2009
Alain Soral, dit «six dents»
C'est bien connu, rien ne distingue un fou d'un psychiatre. Pas même l'habit. Quelle différence, en effet, entre une camisole et une blouse blanche, même si l'une se boutonne derrière et l'autre devant ? Personnellement, je n'en vois aucune.
Alain Soral est sociologue. Ce qui revient à dire qu'il est psychiatre. Et c'est la raison pour laquelle il s'est lancé en politique. Exactement comme un fou, pensant pouvoir voler, l'aurait fait du troisième étage de la Tour Eiffel.
Depuis — évidemment — il tombe…
… dans l'estime de beaucoup (je n'ai pas leurs noms, excepté le mien)…
… dans la liste des ventes de livre…
… sous le coup de la loi, pour diffamation…
… dans les travers…
… dans les bras de Marine et de Dieudonné.
Alain Soral croit en la puissance de la Nation. Moi aussi, c'est pourquoi je m'en méfie. Comme Emmanuel Todd, il prône un protectionnisme européen. Je me demande si par Todd il n'entend pas Organisation Todt. Alain Soral n'aime pas le sionisme, enfin l'Etat d'Israël, qu'il appelle sans surprise «l'Etat étranger»*. Il dénonce «les ingérences chaque jour plus voyantes et pesantes du lobby pro-sioniste français dans les affaires de notre pays»*. Quelle âme charitable lui expliquera que notre pays n'a besoin de personne pour «s'ingérer» tout seul ?
Devenu mouton noir au Front National, il a créé l'association Egalité et Réconciliation, un réduit de reclus recuits, où, paraît-il, on pense, et «promotionne», l'idée de Nation. Il devrait quand même faire gaffe, Soral, dans le mot nation il y a… Sion !
Façon boomerang, il a lancé un journal «gentil et intelligent», FLASH, qui vient déjà de lui revenir dans la tête, pour une histoire de diffamation. Je ne lui jetterai pas la pierre, n'en ayant pas sur moi.
Pour les élections européennes, son copain Dieudonné constitue une liste dite «anti-sioniste», regroupant «d'authentiques résistants»*. Alain, bien sûr, en soral (oui, je sais, c'est facile).
Alain Soral se définit comme un «intellectuel français dissident»*. A une époque, il le fut. C'était avant qu'il n'épouse la carrière de psychiatre.
*Citations extraites du site d'Alain Soral.
19:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marine le pen, dieudonné, journal flash, égalité et réconciliation
24.03.2009
Pape et paratonnerre
Ca y est, le sida est passé. Enfin, le sidaction. Parce que le sida, lui, reste. Aussi inamovible que le Pape. Eh ben oui, ne rêvez pas, athés de foire et cathos de papier, le Saint-Père ne partira que mort. Je dis ça parce que ce matin Le Point se posait la question de son éventuelle démission. Notez que Le Point n'est pas con. Il sait qu'il ne partira pas, le Pape. S'il pose la question sur son site, c'est uniquement pour pêcher quelques internautes égarés. Le Pape restera pour la bonne et simple raison qu'il remonte le fleuve. Il va à contre-monde. Pas par plaisir, ni par lubie — parce que c'est dans cette direction, et pas une autre, qu'il va. Alors bien sûr, comme un type qui roule à contre-sens sur l'autoroute, il crée des sueurs froides, des accidents. Un délit dont il se rend d'ailleurs quotidiennement coupable, et dont nous devrions le remercier, au passage, pour l'illusion qu'il nous donne d'avoir toujours un ennemi sous la main, une sorte d'hérétique que chacun peut passer à tabac chez soi par télé interposée. Du reste on n'imagine pas tout le bien que le pape nous fait. Un véritable para-tonnerre. Capable de détourner simultanément vers le sol des millions de décharges de haine, qui, autrement, allez savoir, pourraient griller par surcharge nos quelques poignées de neuronnes. Il me semble qu'un charpentier de Nazareth remplissait déjà la même fonction il y a de ça environ deux mille ans.
10:36 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sida, sidaction, le point, hérétique
23.03.2009
Jade is good
Jade Goody a réussi le braquage du siécle en obtenant des télévisions qu'elles versent un gros paquet de fric à ses enfants contre quelques images de son agonie. Et maintenant, pour la choper…
Chapeau !
16:07 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : télévision
22.03.2009
Dressage linguistique
Le saviez-vous ? Les lions, c'est en allemand qu'on les dresse. Oui, dans la langue d'Angela Merkel. Pour le son guttural que rend cette langue. Apparemment, ça les impressionne. Et hop, ils sautent au travers du cerceau enflammé.
Les européens, frêles antilopes des plaines, c'est en anglais qu'on les dresse. En effet, nul besoin de brailler, ni de prendre un ton martial avec eux pour les faire tourner comme ballon sur son doigt ; les ze et les che doucereux suffisent amplement à les mettre au pas. Cela vaut bien sûr pour les français. Darcos, le ministre de l'Eradication Nationale, obtiendra sans peine le plein tombereau de bacheliers bilingue dont il rêve. Ne s'expriment-ils pas déjà en yaourt anglo-franZEP ?
En ce moment, une pub pour un logiciel d'apprentissage linguistique illustre assez bien le processus d'acculturation en cours. Le slogan dit : «Changez de langue !» C'est un impératif.
Il m'arrive d'imaginer une sorte de Procès de Nüremberg où l'on jugerait ministres et chef d'Etats, intellos au petit pied, etc. pour crime contre la culture européenne, et française en particulier. Des capsules de cyanure circuleraient dans les cellules où ces dames et ces messieurs attendraient le verdict. Pas un n'y toucherait…
09:23 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : angela merkel, allemand, anglais, tell me more, acculturation, nüremberg
21.03.2009
Le(s) anar(s) de droite
Anar de droite : toute personne qui met son nez au moins une fois par mois dans un roman, une nouvelle, ou tout autre texte de Marcel Aymé.
Anar de droite n'est pas un club, mais une pratique solitaire, forcément honteuse.
Anar de droite égal lecture pour soi, et non pour tous.
Il y a de l'ubris, là-dedans. Se garder du troupeau est une folie de la Grandeur : seul contre tous, mépris des rassemblements, rêve, secret ou non, d'aristocratie, etc. Un rêve de Grandeur, mais humble, aux conséquences souvent tragiques, au plan individuel cela va de soi. Vocation de martyr ? Voir… Noter aussi que l'aigreur n'est jamais loin. A un moment de sa vie, l'anar de droite est obligé de l'affronter. Elle gagne souvent — Claude Autant-Lara, Céline, Marcel Aymé dans une certaine mesure.
Un anar de droite se refuse à se définir comme tel, toute définition étant à usage social.
Il y a de l'hygiéniste chez l'anar de droite. Se garder du troupeau n'est rien de moins qu'une prophylaxie. Crainte de la maladie sociale.
Ses valeurs sont simples, naïves : famille, patrie mythique, amis. Trois groupes à échelle humaine, c'est-à-dire à l'échelle de l'individu. A l'intérieur de ces groupes, l'anar de droite est un homme que rien ne permet de distinguer d'un autre. Sa folie commence seulement à la lisière.
La démocratie parlementaire revêt pour lui un aspect dégoûtant. D'autant plus qu'il lui est redevable, d'une certaine façon, et qu'il se sait redevable. Le considérant comme un enfant indiscipliné et prodigue, cette démocratie, afin de ne pas entrer en contradiction avec ses propres principes, le laisse jouer dans son coin. Regard maternel…
N'est jamais sérieux. C'est dû à son centre de gravité placé très près du sol.
07:23 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : marcel aymé, céline, claude autant-lara, démocratie










