11.11.2009
Les Français sont prêts
"Les français sont prêts." (Dominique de Villepin)
"Les Français sont prêts à élire une femme à la tête du pays." (Mariette Sineau, chercheuse au Cevipof, Le Courrier International, 19 janvier 2006)
"Réchauffement climatique : les français sont prêts à faire des efforts." (France Matin, 29 janvier 2007)
"Les Français sont prêts à accepter plus de coercition." (Serge Karsenty, sociologue, à propos du tabac, Le Figaro, 4 octobre 2006)
"Les Français sont prêts à adopter des comportements qui permettront la défense de l’environnement, pour peu qu’on leur en donne les moyens." (Entourage de Dominique de Villepin, Le Monde, 4 octobre 2006)
"Les français sont prêts à payer une redevance pour les échanges de fichier." (Fotolia Blog, 29 mai 2005)
"Les français sont prêts pour le guichet électronique." (01net, 25 août 2004)
"Les Français sont prêts pour la TNT, mais tous n'en profiteront pas." (L'Expansion, 31 mars 2005)
"Les Français sont prêts à faire des efforts dans leur vie quotidienne pour lutter contre le réchauffement climatique." (AFP, 28 janvier 2007)
"Les Français sont prêts à accepter des changements profonds dans notre société." (Rapport d'étude remis à l'Institut de l'Entreprise en janvier 2007)
"Les français sont prêts pour le mariage des homos." (Sondage Ipsos-Têtu, 21 juin 2006)
"Les français sont prêts pour une mutation de notre société." (Nicolas Hulot, Le Figaro Magazine, 26 mai 2006)
"les Français sont prêts à faire des économies d'énergie pour faire face à la hausse du prix des combustibles et des carburants." (Le Moniteur, 14 décembre 2005)
"Maintenant que les Français sont prêts, il est indispensable que les pouvoirs publics, les associations professionnelles et les acteurs de la grande distribution agissent !" (Service de presse E.Leclerc, 27 juin 2005)
"Les Français sont prêts à se responsabiliser pour réduire le déficit de la Sécurité Sociale." (TNSsofres, 24 mai 2004)
"S’il est un enseignement à retenir de la crise actuelle, c’est que les Français sont prêts à payer très cher le carburant qui est nécessaire à leur mode de vie." (Automobile-Club)
"Consommer équitable : les français sont prêts." (Association mano-a-mano)
"Nous savons aujourd’hui que les Français sont prêts à se mobiliser massivement pour sauver ces lieux de mémoire qui sont une part essentielle d’eux-mêmes." (Jacques Chirac, allocution prononcée le 18 Décembre 1997 en Aveyron)
"La société n'est pas bloquée, les Français sont prêts à la réforme, ils l'ont prouvé." (Roland Cayrol, Le Parisien, 18 mai 2005)
Variante : "Les français sont mûrs"
"Nicolas Sarkozy estime que les français sont mûrs pour un traitement de choc" (Le Nouvel Economiste, 28 septembre 2006)
"Les Français sont mûrs pour estimer qu’il n’y a pas de différence entre la sécurité dans les villes et la tranquillité sur les routes" (Gilles de Robien, premier-ministre.gouv.fr, 22 juillet 2002)
"La première piste consiste à engager la réforme la plus attendue et pour laquelle les Français sont mûrs : celle des retraites." (L'Expansion, 12 avril 2002)
Autre variante :
"Les esprits français sont mûrs pour élire une femme." (Mariette Sineau, chercheuse au Cevipof, Libération, 17 novembre 2006)
Conclusion :
"En vérité les français sont mûrs pour toutes les servitudes - et toutes les chiasses - et tout les mensonges." (Céline, lettre à Jean Paulhan)
Prises séparément, ces assertions qui datent un peu ne présentent bien entendu aucun intérêt. Néanmoins, leur accumulation...
18:52 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : villepin, chirac, homos, environnement, société, mutation, carburants, etc.
07.11.2009
Le français ou le droit du sol
Partons de sa caricature, cette épinalerie qu'il doit autant à ses voisins qu'à lui-même : l'homme portant béret sur la tête et baguette sous le bras, plus préoccupé par la santé de sa vigne que par les cotations boursières.
Le béret agit comme un filtre entre lui et les affaires divines. Plus qu'un couvre-chef, c'est un antichef. Non pas qu'il ait une dent contre Dieu, mais il le tient à distance, comme il tient éloigné tout ce qui peut limiter son plaisir. Car le Chef, et tous les chefs finissent toujours par nuire au plaisir. Sur ce point, on ne peut pas lui donner tort. Ainsi préfère-t-il jouer chaque jour à la Messe grâce au pain et au vin, plutôt que de s'y rendre le dimanche, engoncé dans un costume qu'il déteste. Et si Marie-Madeleine n'apparaît pas dans ce tableau de Cène, c'est uniquement parce qu'elle est partie en ville avec ses copines faire du lêche-vitrine. Je dis ça pour prévenir toute suspicion de sexisme à mon égard.
Le français est donc un hédoniste. Le plaisir lui tient lieu de métaphysique. La table et le lit, voilà son horizon. Pour l'atteindre, il se donne beaucoup de peine: garder jours et nuits de vastes troupeaux dans une lande déserte, retourner le sol sur des kilomètres pour remplir ses greniers, vendanger des vignes sur les flancs de côteaux très abruptes, passer des nuits entières dans des lieux de perdition pour découvrir la femme de ses rêves, sa Marie-Madeleine en bas nylon.
Retourner le sol est considéré par lui comme un droit imprescriptible. D'où le droit du sol. D'où aussi son attachement indéfectible pour ce sol qui lui apporte tant de satisfactions. D'où, enfin, son peu d'empressement à partir en voyage, ou à se lancer dans la conquête de territoires, dont la glèbe apparaît douteuse.
L'étonnement qu'il manisfeste quand on l'accuse de colonialisme n'est pas feint. Les colonies l'ont toujours emmerdé. Il y fait ou trop chaud ou trop froid. Le blé y pousse mal, le raisin pas du tout. Il ne s'est rendu en Afrique ou en Asie que contraint par la géopolitique du moment. Il s'y est rendu en traînant les pieds. Loin de sa terre, il dépérit, devient arrogant et acariâtre, et finit par commettre l'irréparable. Et lorsque par le plus grand des miracles il extrait du vin de son sol adoptif, il le méprise, lui trouvant un goût de flotte et une robe pâlotte.
Le français n'est pas raciste. Il est soliste. Le sol isole. Ce qu'il offre de plaisirs se paie en retour de solitude. Une solitude forcément orgueilleuse, sans quoi elle serait invivable. Or la solitude entraîne la méfiance, le regard obsidional, — hexagonal. Comme un animal sauvage, extrêment jaloux de son territoire, il ne se laisse pas apprivoiser facilement. Et parfois, pas du tout.
Le français est paysan, une espèce en voie de disparition. Le débat sur l'identité nationale n'a donc pas lieu d'être et ne veut de toute façon rien dire.
09:46 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pain, vin, paysan, hédoniste, béret, raciste
05.11.2009
A table !… Claude Lévi-Strauss est mort !…
Rien à voir avec la Cène, le sacrifice symbolique, l'union dans le partage du Corps. C'est une scène primitive, dans laquelle chacun s'empare d'un morceau, en poussant des grognements de hyène frustrée.
Les uns, les plus mous du bulbe, ceux qui ont toujours tout lu de travers et qui prennent leur petit cœur pour un gros cerveau, naturellement emportent le morceau de la différence. Ah, la Différence… Selon Saint-Claude, elle n'était en réalité possible que si chacun restait chez soi. L'échange et la communication entre groupes, d'accord, mais pas trop, à petites doses, sinon c'est le bordel. Sur ce point, il était parfaitement en phase avec les idées du GRECE, par exemple. Loin des yeux, près du cœur. C'est qu'il fuyait toute forme de promiscuité, Lévi-strauss. D'où le dégoût qu'il manifestait à tout bout de champ pour la démographie galopante. Un milliard d'humains, ça va, six milliards, bonjour le caca. Faites ce que bon vous semble avec votre ventre et votre queue, écrivait-il dans un style autrement plus châtié que le mien, mais de grâce ne plombez pas l'ambiance avec vos gosses. La démographie est donc le deuxième morceau emporté par ceux qui convoitent également l'héritage du grand penseur. Et cela nous amène à considérer le troisième morceau. J'ignore s'il assimilait Islam et démographie consciemment, toujours est-il que la concomitance de ces deux termes dans son œuvre est frappante. L'Islam, il aimait pas du tout. Incroyable ce qu'il a pu dire de cette religion, et jusqu'à récemment. Déjà, dans Tristes Tropiques, il lui taillait une burqa sur mesure. Du reste, de nombreux sites internet se régalent de citer ses diatribes. A côté, Dantec, c'est du petit lait.
Alors quand j'assiste à ce dépeçage en règle, je me dis qu'il a bien choisi son moment pour mourir, Claude Lévi-Strauss. Sa dépouille va alimenter la chaudière du débat sur l'identité nationale, les uns s'appuyant sur lui pour louanger la différence et la diversité, les autres, la différence irréductible, et d'autres pour casser du sucre sur le dos de l'Islam.
Vraiment, je ne regrette pas d'être venu.
08:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : différence, diversité, démographie, islam, burqa, cène, dantec, identité nationale
04.11.2009
Des plates-formes sur mes plates-bandes
Ce matin, Richard Durant m'a téléphoné. Il voulait me vendre des panneaux solaires photovoltaïques. Pour couper court, je lui ai poliment expliqué que je n'étais pas intéressé, et que de toute façon je n'avais pas de temps à lui consacrer, un énorme pot-au-feu m'attendant sur le gaz. A son accent, je dirai que Richard était natif de Marrakech. Mais je peux me tromper.
Lundi, c'est Ludivine que j'ai eue au bout du fil. Elle aussi a tenté de me fourguer des panneaux solaires. Beaucoup plus expéditif avec elle qu'avec Richard, je lui ai simplement dit que je n'avais pas le temps. C'est que je ne plaisante pas avec la cuisson du riz pour la blanquette ! A son accent, je dirai que Ludivine était native de Rabat. Mais je peux me tromper.
Depuis environ deux ans, Eric Durant me téléphone régulièrement. Multicarte, il vend de tout : des panneaux solaires, des assurances, du crédit à la consommation, des abonnements pour le web et même des matériaux de construction. Pour qu'on lui confie autant de marchés, j'imagine qu'il est très fort dans sa partie. A ses accents, je dirai qu'Eric est natif de Fès, de Rabat, d'Agadir et de Marrakech. Mais je peux me tromper.
Je peux me tromper, mais il me semble quand même évident que les plates-formes téléphoniques offshore me prennent pour un con. Je sais très bien que derrière Richard, Ludivine et Eric se cachent en réalité Sven, Liv et Nils. Ou Olof, Ida et Pelle. Je sais aussi que ces plates-formes ont migré en Chine pour de basses raisons financières. Je sais qu'elles traitent leurs téléopérateurs comme du bétail. Et je sais qu'elles savent que je sais tout ça, y compris le fait qu'elles jouissent de toutes les protections commerciales et légales nécessaires à l'exercice peinard de leur activité délétère. Et je sais qu'elles savent que je ne couperai jamais le téléphone.
Oui, je sais.
Mais ça ne m'avance pas vraiment de le savoir.
15:39 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rabat, marrakech, fès, agadir, chine, téléopérateurs










