19.01.2010
Citoyen, moi sauvage
«Le citoyen n'est pas dépourvu de subtilité», écrivait Rémy de Gourmont. «Ayant flairé, il distingue hardiment entre un opportuniste et un radical. Son ingéniosité va jusqu’à la méfiance : le mot Liberté le fait aboyer, tel un chien perdu. A l’idée qu’on va le laisser seul dans les ténèbres de sa volonté, il pleure, il appelle sa mère, la République, son père, l’État ; il supplie les lois d’apporter des flambeaux, des cordes, et qu’on le retire de la caverne où il gît parmi les insectes nocturnes.»
Ecrites en 1897, ces lignes seraient aujourd'hui implaccablement refusées par n'importe quel cerbère de rédaction; moins pour l'anarchisme qu'elles contiennent, d'ailleurs, que pour le mépris amusé qu'elles manifestent. C'est que le citoyen, surtout depuis ces trente dernières années, est devenu une sorte d'être sacré, auréolé de tous les attributs de la divinité. Et moquer cet animal domestique entièrement voué à la collectivité, le caricaturer, sans parler de le ridiculiser, vaut à celui qui l'ose d'être frappé d'indignité social.
Eh bien soit, et précédons l'appel.
Quand on me demande, généralement sur le ton du reproche, pourquoi je ne vote pas, je réponds, d'un air énigmatique : «Parce que j'en suis indigne…» L'effet est immédiat. Se trouvant dans l'impossibilité de déterminer si je suis dingue ou simplement déchu de mes droits civiques, l'importun bat aussitôt en retraite. Vers les petits fours et le jus d'orange.
16:07 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : rémy de gourmont, citoyen, droits civiques











Commentaires
Saint Augustin a la fin de sa vie ne communiait plus pour les memes raisons, ils se s'en sentait pas digne.
Mais chacun de s'y retrouver, je prefere m'avouer que cette republique de mauvais plaisants n'est pas digne de mon vote.
Car je voterais bien pour un homme ou une femme representant mes idees politiques, mais il n'y a que des postulant n'offrant que de voter pour une image d'un paarti pour un leader de parti, ce qui pour un petit etre fragile comme moi n'est pas dans ma culture contistutionelle.
Écrit par : KiriRara | 19.01.2010
Le citoyen n existe plus, car il est devenu un consommateur ----. Il ne pense plus à la vie de la cité, mais comment la cité lui permet de bien vivre. Il ne réfléchit à son apport pour les autres , mais à son pouvoir d achat. S il a de l argent, il n accepte les budgets pour les nécessiteux sociaux, car il veut payer moins d impôts pour jouir du superflu. Il se moque du gaspillage de l énergie des voyages, il veut profiter de son pourvoir d achat de soleil. Le citoyen n existe plus, car il est devenu un consommateur conformiste matérialiste insatiable
Écrit par : Bob | 19.01.2010
@Bob
"Le citoyen n existe plus, car il est devenu un consommateur ----. Il ne pense plus à la vie de la cité, mais comment la cité lui permet de bien vivre", écrivez-vous. Mais c'est là une très bonne définition du citoyen, qui est un consommateur comme un autre. Ne demande-t-il pas, ce citoyen-consommateur, toujours plus de lois le protégeant de ses propres appétits et de ceux de ses nourrisses ? Des lois qui ne le laissent pas seul "dans les ténèbres de sa volonté"...
@KiriRara
Je vote pour vous !
Bien à vous.
Écrit par : ronan muel | 20.01.2010
vous dites "le citoyen, surtout depuis ces trente dernières années, est devenu une sorte d'être sacré"=
nous ne vivons pas sur la même planète ! Au contraire, le Citoyen(ne) est l'objet d'un mépris croissant (État policier, oligarchisation, militarisme) qui semble annoncer un dépérissement de la Démocratie.
Cf. la fortune incroyable du terme "élite" dans les cercles les plus intellectualisés, et sans plus aucune gêne de la connotation fascisante.
Le siècle de Périclès se termine, et bientôt...
Écrit par : jean sarfati | 24.01.2010
Assurément, nous n'habitons pas la même planète, et c'est un heureux effet de la pluralité des mondes.
Bien à vous
Écrit par : ronan muel | 25.01.2010
Lorsque j'ai lu la citation de de Gourmont, je suis resté dubitatif. Je ne suis pas de ceux qui ne veulent pas voter, car voter c'est faire avancer les choses.
Cependant, j'entends bien que le vote est plus à une succession de communicants, que de débats passionnés sur notre devenir. Le mot politique a été déformé, il ne s'écrit plus qu'au féminin, et ne renvoie pas l'image (noble ?) qu'il devrait posséder. Croire que le vote peut tout changer, c'est d'être atteint d'une folie incurable du désespoir.
Je préfère la folie douce, celle qui annonce que le vote pourrait changer des choses, mais que cela demande du temps. Le citoyen doit souvent prouver sa bonne foi, devant les autorités et devant sa "famille "(pris ici au sens large), afin de ne pas être exclu. Écarté, il devient violent, pas à cause de sa nature, mais parce qu'il souhaite ardemment revenir dans la norme. Il cherchera à se venger, du plus bas de l'échelle jusqu'en haut. Si les élites se reproduisent, c'est pour cela, mais pas uniquement. La peur de disparaître est plus forte pour ces pontes, ainsi que leurs enfants, aux dents plus longues et aux idées plus tranchées. Le tapis rouge leur a été mis pur eux, ils vont tout faire pour le conserver.
Ainsi la politique est le jeu de ceux qui veulent garder leur place, la lutte des place dans toute leur splendeur. Ils n'hésitent pas à écarter ceux qui sont proches d'eux et qui peuvent leur faire l'ombre, et les ridiculiseront. Le citoyen doit être celui qui vote, et qui a des idées bien précises, tout écart est sanctionné, mis à l'écart. la citoyenneté est la consommation des droits et des devoirs, par l'exercice de la pensée critique.
Je voterais pourtant, car ne rien faire c'est pire, c'est accepter la défaite avant que la bataille ne commence. Même si je ne me fais pas d'illusion, je refuse de me laisser mettre sur le côté, même si je suis seul. Parce que j'en ai envie...
Écrit par : restrike | 25.01.2010
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