26.02.2010
Tintin au Frigo
Dans son Histoire de la Bande Dessinée (ed. Marabout, 1974) Gérard Blanchard écrit à propos du jeune Hergé, qui vient tout juste de commencer la publication de Tintin au Pays des Soviets : «… il a été scout et Tintin reste imprégné de la générosité de la bonne action quotidienne, d'un goût bien adolescent des récits d'aventure, d'une ouverture sur le monde non exempte des innombrables "a priorismes" qui sont ceux des esprits bien pensants de l'époque. Sa Russie est celle de "Moscou sans voile", livre célèbre en 1927; son Congo révèle la vision un peu folklorique des films d'exploration qui passaient alors; son Amérique est celle des premiers films policiers, elle est aussi "pittoresque" que celle des Fenouillard. Hergé est de plain-pied avec son public, il a les mêmes préoccupations que lui, les mêmes références culturelles.» Mais, ajoute Blanchard un peu plus loin, «la naïveté de Tintin est rachetée par l'humour d'Hergé, par sa façon de raconter et d'organiser le suspens.»
Voilà, dans les années 70, Tintin/hergé était «naïf», son Amérique «pittoresque» et sa vision du Congo «un peu folklorique». Des broutilles que «l'humour» et la «façon de raconter et d'organiser le suspens» rachetaient haut la main. Mon Dieu que nous étions ignorants, à cette époque. De tout : des colonies, du tiers-monde, de la souffrance, du malheur — et ta sœur.
Heureusement, aujourd'hui nous savons. Que Tintin dormait le bras levé en direction de Nüremberg, par exemple. Et qu'il est temps d'expédier ce malfaisant au frigo, pour une dernière aventure. Tremblez, Moulinsartois, la paille du cachot s'amoncelle autour de vous. Tremblez aussi, Astérix et Uderzo, Lucky et Luke, Etc. et Ad Libitum.
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