06.05.2010
Éoliennes et Grenelle sont sur un plateau

Dans un communiqué daté du 16 mars 2009, le Danois Vestas, leader mondial de la fabrication d'éoliennes, se déclarait «heureux d'annoncer la récente ouverture de nouveaux bureaux à Paris, La Défense.» Au prix du m2 dans ce quartier, «heureux» veut dire qu'on a gagné beaucoup d'argent. Zieutez seulement : immatriculé au registre du commerce de Montpellier en décembre 2002, la filiale française de Vestas a déclaré 18 millions de chiffre d'affaire en 2004, 160 millions en 2006 et 228 millions en 2008. Reportée sur un graphique, cette courbe de progression ressemble à une trajectoire de navette spatiale. Quant au chiffre d'affaire mondial de Vestas, tous marchés confondus, il avoisine les 7 milliards d'euros.
Sans un soutien public, l'industrie éolienne ne rapporte pas un sesterce. Vous pouvez souffler avec le vent pour faire tourner les moulins plus vite, ça ne change rien au problème. L'industrie éolienne, au plan strictement comptable, c'est du vent. Du vent si les états ne donnent pas le nécessaire petit coup de pouce qui fait pleuvoir les talbins. En France, ce coup de pouce s'appelle CSPE. C'est une taxe. Vous l'ignorez peut-être mais vous l'acquittez. Quand vous réglez votre facture d'électricité, un, deux ou trois euros servent à financer les énergies renouvelables. C'est votre Contribution au Service Public d'Électricité : CSPE. En janvier, ma facture s'élevait à 80,35€. Montant de la CSPE : 1,42€ (détail amusant : sur cet euro 42, l'Etat prélève 19,3% de TVA. Pas de petits profits. C'est la taxe dans la taxe, la crème à l'intérieur du chou. Une spécialité du terroir).
Avec tout ce pognon gagné en sus, EDF rachète le kw/h aux opérateurs éoliens trois fois son prix de base. Lesquels opérateurs, alléchés par le tarif, se sont mulitipliés comme les canons de rouge aux noces de Cana. Et avec eux, les éoliennes. C'est ainsi que la filiale française de Vestas est devenue grande et l'industrie éolienne prospère.
2400 éoliennes en France en 2009. Pour les uns, c'est trop, pour les autres, pas assez. A chacun ses goûts et ses dégoûts. En Haute-Loire, sur le plateau d'Ally-Mercoeur, altitude moyenne 1000 mètres, 26 trèfles blancs de 120 mètres de haut ont fleuri en 2005. Pour que ces bouzines ne se couchent pas au premier coup de vent, il a fallu couler dans le sol des blocs de béton de 1000 tonnes. Ça fait donc 26 000 tonnes de bon et gros béton qui disparaîtront dans deux ou trois millions d'années, sans doute avec le décor. Ces bouzines ne tournent qu'un quart du temps. L'hiver, en raison du givre qui se dépose sur les pales, elles roupillent même énormément. Sans compter qu'il vaut mieux ne pas traîner dans les parages quand elles redémarrent. Des morceaux de glace sont alors projetés à deux ou trois cents mètres de là. Des vraies bombardes. A noter que cette région du Massif Central est le coin d'Europe le plus exposé au givre. L'opérateur* et le constructeur** l'ignoraient au moment de choisir le site. Maintenant, ils le savent.
Non loin d'Ally-Mercoeur, dans le Cantal, une douzaine d'éoliennes sont réparties entre le col de la Fageolle, qui domine Saint-Flour, et Talizat et Rézentières, au-dessus de Neussargues (oui, je sais, ces bleds vous sont inconnus et c'est tant mieux). Pour peu qu'on se tienne sur une hauteur, et Dieu sait s'il y en a dans cette région, on embrasse donc une quarantaine d'éoliennes d'un seul regard. J'ai beau ne pas être bégueule, ça m'en fiche un coup à chaque fois. Même vues de loin, je les trouve loin d'être bien. On dirait des croix blanches dans une nécropole militaire.
J'entendais récemment un militant de la cause d'Éole reprocher aux députés UMP de vouloir casser le Grenelle (de bénitier) de l'environnement, et cela au profit de quelques lobbies industriels, comme celui du nucléaire — ou des cure-dents, je ne sais plus. Pourquoi pas ? Le marché français de l'éolien peut fort bien se refermer aussi vite qu'il s'est ouvert. Néanmoins, lorsque j'entendais ce militant, il ne faisait aucun doute dans mon esprit qu'il défendait les intérêts d'un non moins puissant lobby industriel, celui des éoliennes. Et peut-être le faisait-il sans même s'en douter. A ce militant, je conseillerai de venir faire un tour dans ce petit coin d'Auvergne décrit ci-dessus. 40 éoliennes dans la mire, ce n'est pas rien. Et s'il lui prenait l'envie de me servir un de ses arguments à la mode sur le caractère transitoire de tout paysage, je lui proposerais alors d'adopter une éolienne de 120 m et de l'installer dans son jardin et de la contempler matin et soir. Spectacle transitoire garanti.
*Boralex (Canada) — **General Electric (Etats-Unis)
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