04.09.2008
Rentrée funéraire
Près de 700 «nouveautés» sur la piste aux étoiles, on appelle ça la rentrée littéraire. Je pense immédiatement au film des Monty Python, Le Sens de la Vie, dans lequel un homme-monstre mange tellement qu'il finit par exploser. Bien sûr, personne ne prend plus la littérature au sérieux depuis belle lurette. N'empêche, on achète à tour de bras ces résidus de déchets de fientes appelés romans ou récits. Angot et Millet, les deux Messaline de Saint-Germain, vont encore faire leur beurre dans cet énième tango à Paris. Leur succès, pas la peine d'aller chercher plus loin, elles le doivent uniquement au caractère salace des histoires qu'elles racontent. Le cul estampillé culture est autorisé à quitter les enfers pour se glisser dans le panier de la ménagère comme une main joueuse. Laquelle ménagère, bien apprivoisée, en parle à ses copines, qui, tout émoustillées, se ruent à Carrouf, rayon livres. C'est l'effet boule de neige attendu. Houellebecq, dont le talent marketinge n'est pas contestable, a parfaitement pigé le mécanisme. Sans son avalanche de baise, Les Particules Elémentaires n'auraient sans doute pas dépassé les 100 000 exemplaires. Ce qui est déjà considérable ! Apollinaire, s'il publiait Les Onze Mille Verges en cette pluvieuse fin d'été, je te dis pas le carton. Radios, télés, une pleine page dans Le Monde, et en novembre, le Goncourt, avec tous les mous de la queue autour de lui chez Drouant. Fortune et célébrité immédiates et rétro-actives. A propos, qui peut encore citer le titre d'un livre d'Apollinaire qui ne soit pas Alcools ? Reste qu'il n'y a pas que le cul qui compte dans la littérature, même si ce mot commence par la très suggestive syllabe lit. Y'a aussi l'Histoire. Les os blanchis de quelle peuplade martyre créveront le plafond des cotations en cette rentrée ? Peuplade abominablement génocidée par des blancs riches et sans morale, cela va de soi. Les Algonquins, une tribu du Nord Vietnam ? Les paris sont ouverts (je ne prends que les biftons craquants). L'Histoire est une éponge pleine de larmes. Il suffit de l'essorer pour en recueillir le sel… et un bon revenu. L'idéal, évidemment, étant de mélanger Histoire et cul, foutre et larmes. Les Onze Mille Verges, je te dis ! Un carton ! Seul petit problème, Apollinaire is dead. Et on n'est pas près de le réveiller.
11:37 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, angot, millet, cul, apollinaire










