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10.10.2009

La Cage aux Trolls

Ne tournons pas autour du pot de chambre. Depuis que le Maître Vain trône à l'Elysée, les aventures de Cul et Bite font la une chaque jour. C'est France Tabloid. L'info ne décolle plus du caniveau. Nous vivons dans une ambiance de Régence, phase transitionnelle de notre Histoire, pendant laquelle, pour tuer le temps avant la catastrophe, des politiques secondés par la presse jouent avec leur zézette les airs les plus salaces de l'opéra comique.

Le signal de départ, le coup de pistolet du starter, a été le divorce et le remariage dudit Maître Vain, avec ses deux pimprenelles en couverture, l'une descendant les marches du Palais, l'autre les montant. On a eu ensuite les rumeurs sur les amants de Dati, puis le spectacle de son accouchement supersonique. Deux ou trois outings de députés homo plus tard, l'affaire Polanski (déjà oubliée comme je le pressentais ici voilà quelques jours) a débouché sur la curée contre Mitterrand, qui fermera sa gueule la prochaine fois. Et puis il y a le déballage de la femme d'Eric Besson dans un livre écrit de sa petite main délicate. Il l'a trompée pendant trente ans, explique-t-elle avec rage mais sans pudeur. Je souhaite à cette femme d'une élégance rare de gagner plein de fric avec sa bouse en prose.

Putain, on se croirait dans un séminaire de représentants en aspirateur, quand, le soir venu, après un repas bien arrosé, Alain met son nez dans le soutien-gorge de Sonia au bar de l'hôtel, pendant qu'à l'étage, chambre 202, Georges, le mari de Sonia, roupille à poil, le slip aux chevilles, sur le ventre de Simone, la femme d'Alain. C'est la Cage aux Trolls, du mauvais théâtre de Boulevard.

27.03.2009

Paris-Match fête chichement ses soixante ans

Je m'attendais à un numéro hors-série bourré à craquer de unes et de photos choc. Je me voyais déjà lâcher un billet de dix. J'ai donné deux euros quarante pour un numéro ordinaire, triste : un numéro de crise. C'est Paris-Mat.

Le seul gros effort consenti par l'hebdo pour son anniversaire a été de payer des écrivains, pas loin d'être mat aussi, pour évoquer les six décennies durant lesquelles Match a régalé les salles d'attente des vétérinaires et des dentistes.

Années cinquante : Patrick Besson. «Les années 50 sont whisky. On terminait la bouteille. Les voyages étaient désorganisés. Comme il n'y avait pas de limitation de vitesse et qu'on avait le droit de conduire saoul, on arrivait sur la Côte d'Azur le lendemain matin et à Venise le midi suivant.» Besson aurait dit la même chose des années 1850 en remplaçant les voitures par des calèches et le whisky par un tord-boyaux du Bas-Berry.

Années soixante : Philippe Labro. Dit La Brocante. Un tas, un  kern, une pile de faits «marquants» négligemment jetés sur le papier comme des babioles sur un banc aux puces de Montreuil. Tout à un euro. Impossible à citer car illisible.

Années soixante-dix : Patrick Rambaud. Où l'on apprend que le Saint-Simon du règne de Nicolas 1er en pinçait pour Giscard. C'est un scoop, spécialité de Paris-Match.

Années quatre-vingt : Michel Houellebecq. Un long, un long papier sur Daniel Balavoine. Si laudateur qu'on dirait du laudanum. A lire après s'être injecté 10 cc de café en intraveineuse. Ne pas hésiter à s'en remettre une dose en cours de lecture.

Années quatre-vingt-dix : Frédéric Beigbeder. Il écrit vraiment comme un auteur de BD bègue. A retenu de ces années qu'elles n'étaient pas sérieuses et que «l'Histoire est une vaste plaisanterie, de très mauvais goût, puisqu'elle dure depuis si longtemps.» En somme, une gueule de bois.

Années deux mille : Florian Zeller. Après avoir écarté la longue mèche de cheveux blonds qui lui barre l'horizon, il a enfanté un papier de quatre feuillets, où il remarque que les mots «grillons», «ormeaux», «cresson»«noisetiers», «bruyères», «tilleuls», dont Rimbaud parsemait ses poèmes, ne disent plus rien à l'homme d'aujourd'hui. S'il parle pour lui, ce n'est pas faux.

28.09.2008

Renaud Matignon

Renaud Matignon était un grand écrivain, c'est pourquoi il n'a jamais écrit un livre. Il se contentait de mettre à nu ceux des autres, avec un talent qui leur était souvent supérieur, voire étranger. Peu de temps après sa mort survenue en 1998, les éditions Bartillat ont rassemblé et publié ses chroniques littéraires sous le titre La liberté de blâmer… Les éditeurs ont parfois des idées lumineuses. Extraits :

A propos d'un livre de Marc-Edouard Nabe : «Des grandiloquences d'opéra racontent des miettes d'insignifiance. C'est Wagner chez les pucerons

Sollers : «Bernard Tapie de la chose imprimée, il se fait éditeur, critique, chef des ventes et agent publicitaire. Il use de son charme et se consacre des commentaires, généralement élogieux. Il obtient, en outre, ceux du Monde et des grands hebdomadaires. Enfin, il a pris soin d'organiser une campagne de promotion dans les publications étrangères. Ca, c'est pour l'exportation.»

Djian : «Il y a des écrivains, qu'ils parlent de la pluie, et tout soudain, oui, voici qu'il pleut. C'est vrai chez les plus dissemblables, Proust ou Mauriac, ou Simenon, ou Colette, ou Genet — et chacune de ces pluies est différente des autres, elle a son odeur et sa musique propres, et le lecteur en est tout imprégné. C'est vrai de tous les romanciers. Ce n'est pas vrai chez M. Philippe Djian, et ce doit être une bénédiction que la compagnie de cet homme-là pour le promeneur sans parapluie : même sous des trombes d'eau, pour peu qu'il vous raconte l'averse, on se sentira au sec

Duras : «Mme Marguerite Duras, qui n'a rien à dire, vient de le dire longuement à la télévision. Elle mettait dimanche soir un bouquet final à ce silence bavard et sentencieux. Comme le langage articulé à peu de place dans son discours, elle s'est rattrapée sur les blancs et les points de suspension. Et comme l'inventaire de son œuvre et de sa pensée lui laissait des loisirs, elle s'est promenée autour d'elle-même avec une satisfaction sans réplique

Sagan : «Avec Un  chagrin de passage Françoise Sagan n'y va pas de main morte. Elle s'ennuyait, sans doute, dans ces passions en sourdine et ces bonheurs disparus qui constituent proprement le paysage saganien. A l'heure du sida, de l'effondrement du communisme et de la faim dans le monde, l'instant était solennel, il fallait un sujet qui ne le fût pas moins. Elle a trouvé : un homme, chez le médecin, apprend qu'un cancer le condamne : il lui reste six mois à vivre. Racontez sa journée. Voilà Mme sagan devant le vide du monde. Mme Sagan raconte. C'est accablant.»

Besson, Patrick : «M. Besson écrit comme on expédie des paires de claques, mais on a l'impression qu'il tape du pied moins pour faire mal que pour être applaudi, et qu'il déplaît pour être aimé

Gallo : «Nous apprenons que M. Max Gallo, député socialiste des Alpes-Maritimes et de justesse vient de publier un roman sous le titre Un crime très ordinaire. Aux Niçois qui mal y pensent nous tenons à assurer que leurs craintes étaient vaines. M. Gallo n'a pas publié un roman. Son objet en forme de livre ressemble à un livre. Il a la même odeur que le livre mais ce n'est pas un livre. M. Max Gallo, qui prétend faire le portrait de notre société, avec une goutte d'affaire de Broglie, un zeste d'affaire Fontanet et un rien de corruption niçoise, est le Canada Dry de la littérature… Comme tous les bons élèves, il confond les accords de Yalta et les accords de participe

 
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