01.04.2009
Mortel, le vivre-ensemble
Comment dégueuler avec les mots ? Par exemple, en usant d'un mot composé tel que le «vivre-ensemble». Gerbe garantie. Dans la seconde et abondante.
De quoi cette abomination a pris la place ? De la politesse ? Ne cherchez pas : de la grégarité ; de l'esprit de partouze civique tant choyé par nos coeurs sensibles.
Les sociologues, les journalistes, les politiques, enfin tous ceux qui ne perdent jamais une occasion de l'ouvrir quand ils devraient la fermer, en truffent littéralement leurs discours depuis quelques années. «Nous avons le devoir de réaffirmer le vivre-ensemble… La tolérance est la clé du vivre-ensemble… Une journée pour penser le vivre-ensemble… La logique sécuritaire s'oppose au vivre-ensemble»…
Dans ce mot composé, répété à satiété, j'entends le sifflement hypnotique du serpent Kaa : «Aie confiaaaannnnccccccceeee… Fais un somme sans méfiance… Souris et soit compliiiiicccceeee…»
Accoudé au zinc du Bar-Bac, Blondin, toujours plus lucide que saoul, avait coutume de dire : «On boit ensemble, mais on est saoul tout seul.» Vérité première et dernière. De même, si l'on vit ensemble, on meurt quand même tout seul. Mais de plus en plus d'un coup fatal porté par une main secourable. Euthanasiante. Une main qui considère la souffrance d'autrui comme une atteinte insupportable au vivre-ensemble.
Il n'est pas loin le temps où le vivre-ensemble gratuit et obligatoire justifiera tous les enfermements, tous les massacres.
Dans Face aux Verrous, Michaux disait la chose ainsi : «Qui chante en groupe mettra, quand on le lui demandera, son frère en prison.» Catastrophe qu'il expliquait par un autre aphorisme : «Vie en commun : perte de soi, mais diminution des rébus.»
Allez en paix.
15:51 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blondin, michaux, kaa










