08.04.2010
La Vendée ? Vendez !
En Vendée, il y avait des digues, il n'y en a plus. Et derrière ces digues, il y avait des maisons, qui auront elles aussi bientôt disparu. Ce que la flotte n'a pas emporté, le pouvoir politique se charge de le balayer.
C'est qu'il ne veut plus construire de digues, le pouvoir politique. Il ne veut plus se faire chier à relever des murs que l'océan détruit tous les quarante ou cinquante ans. Il ne veut plus entendre parler de noyés, surtout. Ce qu'il veut, c'est un pays sans risque, où 65 millions de Français vivraient en Auvergne, par exemple, serrés les uns contre les autres au sommet du Puy-de-Dôme, c'est-à-dire le plus loin possible des côtes et très au-dessus du niveau de la mer.
Imaginons un instant que la même chose se produise en Hollande, où une bonne partie de la population vit non seulement au bord de la mer, mais en dessous de son niveau — les fameux polders (pas besoin d'imaginer, d'ailleurs, en 1953 deux milles hollandais ont bel et bien bu la tasse). Que feraient ces mangeurs de fromage du nord, en pareilles circonstances ? Ils reconstruiraient. Faut dire qu'ils n'ont guère le choix, la place leur étant comptée. Ils remonteraient leurs manches, consolideraient les digues et trouveraient d'autres astucieuses solutions pour tenir la nature à distance, au moins pour un temps. Jusqu'à la fois suivante. Comme ils le font depuis des siècles.
En France, non. Le truc à la mode, c'est : renoncer. La nature veut reprendre ses droits ? Pas de problème. Entrez seulement. Vous êtes chez vous. Avant on aurait mobilisé, sonné le tocsin dans les communes, et les digues, pierre par pierre, auraient été remontées. Mais plus maintenant. Maintenant on pratique la politique de l'abandon. Zones Noires, qu'on appelle ça. Un coup de bull dans les baraques et des panneaux plantés à leur place indiquent que la République n'ira pas plus loin désormais, qu'au-delà la nature est chez elle, etc.
Je viens même d'apprendre que des maisons vendéennes qui n'ont pas été inondées, qui sont donc intactes, seront démolies comme les autres, car le terrain sur lequel elles se trouvent vient d'être déchu de son droit à recevoir des hommes. Terrain jugé dangereux et rebaptisé Zone Noire. Noire comme l'obscurité qui gagne ce pays.
Un préfet, ou un ministre, ou je ne sais plus quel autre sorte de zombie, a dit à un journaliste que c'était affaire de bon sens, laissant entendre par là que toute personne qui s'aviserait de contester la décision passerait pour folle, voire malhonnête, voire les deux.
Je suis né en France en 1964 et je n'ai jamais ressenti le besoin de quitter ce pays, sauf pour aller goûter la bière des voisins. Pourtant, comme dans la Machine à explorer le temps, et alors même que je n'aurai pas bougé d'un centimètre, je mourai dans un lieu totalement différent, où la nature aura repris ses droits et où les Morlocks mangeront les Éloïs. Un lieu où il ne fera pas bon être un Éloï.
20:08 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : inondation, polders, digues, zones noires










