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27.02.2010

Ça finira mhalal

Religion is money et inversement. La chaîne de restos Couic a banni le filet mignon et, béni-oui-oui, a béni l'halal. Dans huit de ses gargotes. Les coqs pensants, aussi sec, sont montés sur leurs ergots : laïcité bafouée, communautarisme, République en danger. En quoi ils ont raison. Mais un peu tard, car l'affaire est pliée, me semble-t-il, que la plainte du maire de Roubaix soit reçue cinq sur cinq par la justice ou pas.

Statistiques ethniques. L'idée a été rejetée mais reviendra. J'ai l'air de changer de sujet abruptement, en fait pas du tout. On est au cœur. Quand on fourre son nez dans les synthèses de colloques et de comités d'étude sur la question (internet en regorge), qui c'est-y qu'on voit pointer le bout de son pif dans la liste des participants ? Les marchands de tout, les agences de ciblage de clientèles et les directeurs de ressources humaines. C'est que cette idée de compter les marocains, les auvergnats, les chinois, les esquimaux, les musulmans, les gnostiques et les raëliens entre autres, les émoustille drôlement. Tout ça c'est du nanan commercial. De l'or en barre. Du tiroir caisse joyeux. Parce que dans le commerce il existe une loi d'airan : savoir à qui l'on vend pour savoir quoi lui vendre et en quelle quantité. Les statistiques ethniques sont donc rien moins que de l'étude de marché. Ça porte même un nom : le marketing ethnique. Or, tous ces braves types du pognon, pour affiner leurs panels, ils ont besoin d'un sérieux coup de pouce de l'Etat, qui seul, du fait de la puissance de ses outils d'enquête, peut fournir une image claire et performante du marché présent.

Dans le cas des restos Couic, j'imagine que l'étude de marché n'a pas été difficile à réaliser. Devait y'avoir comme une évidence. «Chef, faudrait vendre plus que du saucisson halal, parce que la clientèle elle est toute en djellaba au comptoir. Et tant pis pour les autres. En plus, si on fait ça, Chef, on s'évitera peut-être de prendre des coups de babouches dans l'arrière train. Tout bénef, quoi.»

A ce mot de bénef, le chef opine.

Une fois la clientèle ciblée, une fois qu'on l'a classée par boîtes communautaires, il faut trouver des vendeurs ad hoc, c'est-à-dire pareillement communautaires, car pour vendre des aspirateurs dans un quartier où la population est en majorité originaire d'Afrique noire, si on a deux doigts de jugeotte, on ne prendra pas un finlandais parlant chinois, de la même façon qu'on n'enverra pas en Chine un vendeur ne parlant que le Wolof pour fourguer les invendus de tartiflette. Et ça, mettre la main sur le bon vendeur, celui qui colle au panel, ça concerne le service des ressources humaines.

Jetez un coup d'œil sur l'organigramme de la HALDE. Cherchez à savoir qui est qui et d'où qui vient : son parcours professionnel, ses mentors, enfin tout ce qui est utile à une carrière. C'est un petit jeu auquel je me suis livré voici quelques mois. Je passe sur le cas de Louis Schweitzer, issu de la grande filière humaniste, comme les cabinets ministériels ou la direction de Renault, et siègeant toujours au conseil d'administration de deux ou trois transnationales, si c'est pas quatre ou cinq. Et j'en viens à d'autres cas, moins connus, plus discrets. Une telle, par exemple : après avoir fait ses classes à l'Institut Montaigne, formidable machine libérale à promouvoir la diversité, elle entre à la HALDE, histoire de peaufiner sa technique, et crée ensuite sa boîte de diversity management qui fait aujourd'hui la retape pour les idées de l'Institut Montaigne, le commissariat à la diversité, quelques grosses boutiques avides de personnel «issu des minorités visibles et invisibles», et bien entendu le projet de statistiques ethniques. Evidemment très copine avec le Commissaire Sabeg. Fut remplacée à la HALDE, poste pour poste, par un tel de même calibre et de même parcours. La HALDE est pleine de ces gens-là. La HALDE est un supermarché de ressources humaines. C'est dans ce haut-lieu de la tolérance qu'on prépare la France économique de demain.

Pendant que vous y êtes, matez le site du MEDEF. Introduisez le mot diversité dans le module de recherche. Utilisez les liens. Quand un nom apparaît, posez vous la question : d'où qui vient, qu'est qui fait, où qui va, ce mec-là ? Avec internet, c'est pas très coriace à élucider. Vous constaterez, peut-être sans surprise, que le MEDEF est l'un des plus gros bailleurs de la diversité, qu'il arrose sans compter.

On peut dire tout ce qu'on veut du capitalisme. Qu'il est immoral, injuste, vampirique. Mais pas qu'il est con. La première de ses qualités est sa plasticité. Il s'adapte. Il épouse les situations. Il se moule autour de la masse, quelle que soit sa forme du moment. Le monde est mondialisé ? … mondialisation à laquelle il a largement contribué… Pas de soucis. Les frontières ne sont plus que des traits de crayons sur des cartes en papier ? Pas de problème. Les péquins ballotés d'un bord à l'autre de la Méditerranée se regroupent en communauté pour vivre et manger comme ils le désirent, ce que je comprends très bien ? On va pourvoir à leur besoin identitairement. Et c'est ainsi qu'halal est grand et les restos Couic aussi. N'ont pas fini de s'entendre, ces deux-là. Reste à savoir sur le dos de qui...

05.11.2009

A table !… Claude Lévi-Strauss est mort !…

Rien à voir avec la Cène, le sacrifice symbolique, l'union dans le partage du Corps. C'est une scène primitive, dans laquelle chacun s'empare d'un morceau, en poussant des grognements de hyène frustrée.

Les uns, les plus mous du bulbe, ceux qui ont toujours tout lu de travers et qui prennent leur petit cœur pour un gros cerveau, naturellement emportent le morceau de la différence. Ah, la Différence… Selon Saint-Claude, elle n'était en réalité possible que si chacun restait chez soi. L'échange et la communication entre groupes, d'accord, mais pas trop, à petites doses, sinon c'est le bordel. Sur ce point, il était parfaitement en phase avec les idées du GRECE, par exemple. Loin des yeux, près du cœur. C'est qu'il fuyait toute forme de promiscuité, Lévi-strauss. D'où le dégoût qu'il manifestait à tout bout de champ pour la démographie galopante. Un milliard d'humains, ça va, six milliards, bonjour le caca. Faites ce que bon vous semble avec votre ventre et votre queue, écrivait-il dans un style autrement plus châtié que le mien, mais de grâce ne plombez pas l'ambiance avec vos gosses. La démographie est donc le deuxième morceau emporté par ceux qui convoitent également l'héritage du grand penseur. Et cela nous amène à considérer le troisième morceau. J'ignore s'il assimilait Islam et démographie consciemment, toujours est-il que la concomitance de ces deux termes dans son œuvre est frappante. L'Islam, il aimait pas du tout. Incroyable ce qu'il a pu dire de cette religion, et jusqu'à récemment. Déjà, dans Tristes Tropiques, il lui taillait une burqa sur mesure. Du reste, de nombreux sites internet se régalent de citer ses diatribes. A côté, Dantec, c'est du petit lait.

Alors quand j'assiste à ce dépeçage en règle, je me dis qu'il a bien choisi son moment pour mourir, Claude Lévi-Strauss. Sa dépouille va alimenter la chaudière du débat sur l'identité nationale, les uns s'appuyant sur lui pour louanger la différence et la diversité, les autres, la différence irréductible, et d'autres pour casser du sucre sur le dos de l'Islam.

Vraiment, je ne regrette pas d'être venu.

 
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