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26.06.2010

Que le sport regagne sa place et les veaux seront bien gardés

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Quand la France était un pays civilisé, ses habitants ne manquaient jamais une occasion de mépriser le sport — de le mépriser ou d'en rire. Ne serait-ce que par hygiène mentale. Ô sagesse infinie de ce peuple, alors.

Ce mépris pour les gesticulations et le culte du corps musclé était comme une marque de fabrique. Sans être interdit ni vilipendé à tout bout de champ, le sport était considéré avec hauteur, distance et amusement. Le peuple de France le tolérait à la condition expresse qu'il sût garder sa place, à savoir celle qu'on réserve habituellement aux choses insignifiantes.

Les temps ont donc infiniment changé.

Ce qui est le plus navrant dans cette histoire n'est pas tant le déballage sacrificiel auquel nous avons assisté par presse et télé interposées, mais plutôt l'absence de toute forme de rire. Il y a bien eu des moqueries, certaines très amusantes d'ailleurs, mais a aucun moment je n'ai entendu ce rire qui montait autrefois du fond des âges et replaçait sans heurt ni offense les personnes et les choses à leur place. Au contraire, l'exécrable et mesquin ressentiment a tout emporté sur son passage comme une coulée de boue.

Mais peut-être que le pays est beaucoup plus malade qu'il n'y paraît. Et ce n'est pas de crise économique, qu'il souffre, ni de multiculturalisme ou de xénophobie et autre phobie en vogue. Je me demande si l'esprit français, ou l'âme du peuple français, appelez ça comme vous voulez, n'a pas disparu, tout simplement. Et avec cet esprit ou cette âme ce qui formait le noyau central de notre civilisation : légèreté et profondeur.

Alors bien sûr on pourrait attribuer à cette disparition tout un tas de causes… et dénoncer des responsables, et remettre la machine à haine en route, et cela sans même s'en rendre compte. On a vu ce qui s'est produit lorsque le gouvernement a invité les français à partir en quête de leur identité : une empoignade générale. Oublions donc cette idée. Et cherchons dans nos poches et dans nos souvenirs les quelques miettes de légèreté et de profondeur qu'il nous reste forcément. Avec un peu de chance, elles pourraient encore nous servir de boussole (je me trouve très optimiste, aujourd'hui).

07.04.2010

Fatwa, un mot passe

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Sur les 32 000 mots que comprend le français usuel, environ 500 proviennent de l'arabe, lesquels sont le plus souvent relatifs à la botanique, l'équitation, la cuisine ou l'astronomie. Ma préférence va tout naturellement aux mots alambic et alcool, dont je note au passage qu'ils sont passés de mode dans leurs pays d'origine.

Depuis une vingtaine d'années, un mot arabe n'appartenant à aucun des registres susmentionnés tente à son tour de se faire une place au soleil de notre langue, hélas par la menace et le juridisme le plus exacerbé, je veux bien sûr parler de la fatwa.

Ce mot désigne un avis ayant force de loi et prononcé par un religieux musulman. Contrairement à une opinion très répandue, une fatwa n'a pas toujours valeur de condamnation, elle peut aussi avoir un caractère positif. Malheureusement, la fatwa lancée en 1989 contre l'écrivain Salman Rushdie accusé par des extrémistes d'avoir blasphémé le Coran a donné à ce mot un sens exclusivement négatif, et pour tout dire effrayant, surtout quand on songe à l'épreuve infligée à cet homme qui se terra durant de nombreuses années pour échapper à une mort infamante… décrétée par une poignée de fous.

Mais ce mot ne serait-il pas en train de perdre sa force et son pouvoir de fascination ? Je le rencontre de plus en plus souvent dans des conversations anodines ou dans des articles de presse sans rapport avec l'Islam, comme ce dernier en date sur Marianne2, où l'on apprend que Denis Tillinac «dénonce la police langagière et la fatwa médiatique», dont Eric Zemmour ferait les frais (sur ce point je ne pense pas que Zemmour soit en frais, «son» histoire lui ayant au contraire attiré beaucoup de sympathie et rabattu de nombreux lecteurs et auditeurs). Or, quand un mot tel que fatwa perd de sa virulence, c'est le signe qu'il est en train de se dissoudre dans le langage commun, et qu'un jour prochain, il sera aussi émoussé que inquisition, qui ne déclenche plus que des sourires de circonstance, ou guillotine, encore employé par les fenêtriers, mais seulement eux.

En conséquence de quoi, il me semble urgent pour les quelques religieux musulmans adeptes des condamnations et menaces tous azimuths (mot d'origine arabe) de trouver un mot qui ait à nouveau le tranchant d'un cimeterre (mot d'origine persane).

02.12.2009

De la Suisse dans les idées

Les Suisses votent aussi mal que les Français, les Irlandais ou les Néerlandais. Des bœufs, quoi. On leur avait pourtant expliqué : les minarets, vous êtes pour, hein ?!… Comme on avait expliqué aux Français, Irlandais et Néerlandais : le Traité constitutionnel, vous êtes pour (point d'exclamation). Putain de peuples qui ne pissent pas dans le pot qu'on leur tend ! Incompréhensible… Totalement bouchés à l'émeri.

C'est toujours pareil, avec eux. On veut leur faire plaisir, on les démocratise, on met des autos à leur disposition, on leur laisse dire un minimum de conneries afin, croit-on, qu'ils n'en fassent pas un maximum, seulement voilà, ça ne leur suffit pas. Faut en plus qu'ils la ramènent… qu'ils donnent leur point de vue… leur avis… et nous foutent par conséquent dans une merde dont ils n'ont même pas idée. Se rendent-ils compte, ses Suisses de mes deux, que si les arabes retirent leurs pétro-dollars des banques zürichoises, des types en cravate vont devoir revendre deux ou trois de leurs limousines ? Non, bien sûr, c'est que des burnes. Sans compter que leur geste inconsidéré nous expose au terrorisme, à la guerre, à l'apocalypse, à la chienlit, à la grippe A, à la résurrection de Mickaël Jackson et aux 7 plaies du Bas-Berry, le tout conjugué un même jour de 2012 !

Les Français, les Irlandais et les Néerlandais, on les a matés. N'ont même plus droit au titre de carpette dans la belle Europe qu'on leur a chiée sur la tête. Problème réglé. Mais les Suisses. Ces cons-là n'en font pas partie et n'en veulent pas de notre belle Europe. Préfèrent leurs trous de Gruyère et les palines qui ornent les balcons de leurs chalets. On va en faire quoi, de ces gueux ? Les atomiser ? Après faudrait se justifier, remplir des papiers : trop de complications. Les faire revotationner ? C'est une solution, mais sont capables de confirmer en appel. Parce que sous leurs bonnets en laine, les suisses ont comme qui dirait de la suisse dans les idées, et même du petit suisse. Pas des montagnards pour rien.

Soyons francs. Si ça nous travaille tant, le vote suisse, c'est parce qu'il pourrait réveiller la fierté des 27 peuples émasculés qui siègent (au propre et au figuré) à Strasbourg. Or, la fierté des peuples, on sait à quoi elle conduit inexorablement : les aristocrates à la lanterne. Notez qu'on ne craint pas grand chose de ce point de vue, les aristocrates ne courant plus les rues de Berlin, ni celles de Paris ou de Rome, depuis au moins l'aube du 20 ème siècle. En Europe, depuis longtemps déjà, on fait dans le technocrate, un androïde chromé, pas plus malin qu'un aspirateur, mais c'est précisément ce qu'on lui demande : aspirer, le fric, les âmes, tout, androïde assisté par des politiques 2-de-QI, des médias 0-de-QI et tout un tas de services privés/publics tenus par des rentes. Mais on s'égare... et ça devient vraiment incompréhensible, même pour le type au clavier.

Revenons à nos Suisses (je reprends la parole, parce que l'européen qui parle à ma place commence à me sérieusement épuiser). J'ai strictement rien à foutre qu'ils n'aiment pas les minarets et les oiseaux perchés dessus. Evidemment, par leur geste, les Suisses n'ont pas manifesté beaucoup d'empathie, ni de diplomatie, et je peux comprendre que ça en inquiète plus d'un. Mais comment ne pas les remercier pour le spectacle offert : nos fumistes démocrates qui se torchent le cul sans vergogne avec l'objet de leur adoration.

Vive la Suisse Libre…

 

 
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