07.05.2009
Mort avec la France
Au début des années quatre-vingt, Paris n'était déjà plus vraiment une fête. On passait le balai au milieu des tables et les zincs se paraient d'ennui. François, le joueur de flûte, était entré dans la crypte du Panthéon, entraînant avec lui les derniers fêtards convaincus de descendre dans une bouche de métro. On ne les revit jamais.
Au vrai, les carottes bio étaient cuites à point, prêtes à la consommation, comme l'était la soupe de la nouvelle morale, un genre de touche-pas-mon-pote-mais-l'oseille. Cette soupe-là, le prolo vautré devant Canal Plus la buvait désormais à la paille dans des verres de Coca, cependant que Mèmère, en string sur le waterbed de la chambre, exigeait de son soudeur de mari qu'il parlât plus souvent d'amour, et qu'il lui fît connaître enfin ce fameux orgasme, ininterrompu et parfait, promis par la Gauche depuis l'aube des temps modernes. Paris sombrait dans l'extase, et moi qui venait de ma province, je courais sur la passerelle comme un dément, pour ne rien manquer du naufrage, pour en être et renaître.
Ah, quel mirifique spectacle c'était sur le pont ! Des bambocheurs d'un mauvais genre nouveau, tous artistes honoraires et amateurs appointés, secouaient leurs petits culs en musique comme des maracas bien potelés. Pendant ce temps les membres du gouvernement battaient la mesure légale et filaient la réforme révolutionnaire. Il pleuvait aussi sur cette transe collective des confetti en forme de petites mains jaunes, que chacun s'accrochait au revers du boléro, revenu en grâce sur les épaules et en boucle dans les oreilles à ce moment-là, allez savoir pourquoi ?
Qu'on les glorifia et les courtisa, les marchands de bonheur, qui dispensaient sans compter les merveilles du progressisme au frais du contribuable et de quelque princesse arabe ! Sauf que ces marchands vendaient en réalité du sable, et qu'ils attendaient tranquillement que nous dormissions pour cravatter nos derniers vestiges d'humanité.
Quelle note discordante me réveilla, me rejetant du même coup sur le quai, là où les rêves ont encore un prix ? Vingt-cinq ans après je ne le sais toujours pas. Il n'empêche qu'un jour, sans demander mon reste, je ramassai mon baluchon et rentrai chez moi, à Champ-les-Ploucs, où je ne désirais rien tant que me livrer à mes occupations raisonnablement antisociales.
Las, à peine arrivé, je déchantai. La gigue officielle avait pareillement gagné les pattes des indigènes. C'est ainsi que je les surpris se trémoussant sous l'œil alangui et approbateur de l'envoûteur Lang ; et plus ils se trémoussaient, plus leurs idées faisaient des bulles, au point que leurs crânes, pourtant solides, éclataient sous l'effet du gaz délétère. Une à une, toutes les digues mentales sautaient. Ca débordait de toutes parts, en logorrhée autruiste, et déjà fière de l'être. Je dus me rendre à l'évidence : le pays — le pays des paysans et des ouvriers, celui des instituteurs et des petites gonzesses, celles qui reviennent au printemps sur le dos des hirondelles, ce pays-là sombrait d'un même mouvement que le vaisseau amiral dans la fosse du nouveau monde. Paris, province et deux mille ans d'histoire par vingt-mille lieues sous les mers !
Je n'eus pas le courage de fuir. Pour aller où, d'ailleurs ? De dépit j'empoignai la plus grande bouteille que je trouvai, et commençai de la siffler. J'y travaille encore.
Ma génération est la première, et bien entendu la dernière, qui, faute de mourir pour la France — je m'en passe fort bien —, sera morte avec elle.
Allez en paix.
19:20 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : années 80, panthéon, mitterrand, gauche, progressisme, lang, canal plus
11.03.2009
Kapos, boulot, dodo
L'antiracisme n'a qu'une vertu : laisser croire aux mioches de petits bourgeois qu'ils s'encanaillent civiquement avec les ennemis supposés de l'Occident. C'est comme un rite initiatique : je fume des joints, me saoule la gueule, dis merde à Papa. Après, l'âge venant, ils se révèlent tels qui sont en réalité : de minables petits kapos.
Un soir, repas bien arrosé avec une douzaine de personnes, toutes de gauche. Naturellement, logiquement, les américains viennent sur le tapis. Impérialistes, criminels, anti-écologistes, racistes, chrétiens, ils ont tous les défauts qu'un gens de gauche se doit de reconnaître au premier coup d'oeil et de dénoncer. Etant donné que j'ai pas mal bu, à un moment je me lâche, histoire d'égayer un peu la soirée : «Comme repoussoirs, ils valent bien nos arabes…» Si j'avais dit «sales bougnoules», l'effet n'eût pas été plus déplorable. Pour boire, rien ne vaut la compagnie des anars de droite. Avec eux l'esprit de sérieux est exclu : pas assez grave.
10:44 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chrétiens, gauche, antiracisme, américains, impérialistes, boire
01.05.2008
FRANCE... tunisie
J'aime bien les gens de gauche… La vie en rose, bonbons Krema… La vertu politique emballée dans du papier doré… Deux français sur trois, disait Giscard, qui les souhaitait au centre. Ces derniers jours, histoire de se dégourdir les babines, leurs porte-voix ont reproché à Sarkozy de n'avoir pas introduit un peu de droits de l'homme dans la balance commerciale franco-tunisienne. De n'avoir pas tancé le grossier Ben Ali, despote vicieux, sanguinaire, arriéré, au motif évident que, lorsqu'un bon bouana se rend chez les sauvages, il doit leur faire sentir le distingo entre Civilisation et agrégat de tribus archaïques. Vilain Sarko, qui ne leur a pas fourgué un lot de missels droits-de-l'hommiens. Méchant commerce, qui rend lâche l'homme blanc.
10:05 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gauche, sarkozy, droits de l'homme










