11.11.2008
La campagne anarcho-autonome
Soupçonnées d'avoir participé aux récentes opérations de sabotage perpétrées contre le réseau SNCF, cinq personnes ont été interpelées ce matin dans le village de Tarnac en Corrèze, où elles s'étaient établies il y a environ deux ans. Les unes logeaient dans une ferme, tandis que les autres tenaient l'épicerie du village. Toutes appartenaient à la mouvance «anarcho- autonome» et formaient une sorte de communauté, selon l'AFP.
Des bobos, des fabricants de produits écolos, des jeunes en quête de vie sauvage, des délinquants tricards en ville ou des marginaux politiques occupent à la campagne la place laissée vacante par les agriculteurs. Cette place, ils l'occupent réellement. Qu'ils glandent où travaillent, ces «nouveaux arrivants» habitent d'anciennes fermes, des granges retapées, ou des appartements mis en location par les municipalités au prix d'une poignée de fèves. Certains d'entre-eux prennent une part active à la vie locale, et sont reconnus comme membres à part entière de la communauté, les autres se font discrets — on comprend pourquoi. En quelques années, des coins paumés de France ont complètement changé de visage et de moeurs. Les sociologues ont échafaudé des tas de théories pour expliquer ce phénomène de repeuplement des campagnes qui dure depuis presque vingt ans. Pour ma part, je ne vois là rien de plus qu'une nouvelle illustration de l'aphorisme d'Aristote : la nature a horreur du vide.
Il se trouve que j'ai été l'un de ces nouveaux arrivants. Parce que j'avais besoin d'air, j'ai pris mon baluchon, et j'ai loué une baraque dans le Cantal, où j'ai vécu huit années. Là-bas, dans ce département de l'archi-centre de la France, à mille mètres d'altitude l'hiver joue les prolongations. Certaines nuits, la température descendait sous les 7 degrés dans la maison, une bâtisse en pierres que des paysans habitaient déjà en 1910. N'ayant pas de voiture, il m'arrivait de parcourir vingt kilomètres à pied pour acheter un rosbeaf et une bouteille de jaja. Mais bon sang j'étais heureux comme un animal qui ne se connaît d'ennemis que la neige et le froid.
Cela faisait déjà deux ou trois ans que je vivais dans ce paradis perdu au milieu de nulle part, quand j'ai remarqué que les flics se multipliaient comme des charançons dans une charpente en bois. Chaque semaine ou presque, au prétexte de gauler le pécore aviné au volant de son Ami-6, ils contrôlaient tout ce qui roulait sur les départemantales, bientôt imités par les douaniers que les accords de Schengen venaient de jeter sur les routes. Je trouvais ça d'une stupidité sans nom et, pour tout dire, d'une connerie GOUVERNEMENTALE. J'ai même cru reconnaître, derrière ce flicage acharné, la main mesquine et gantée d'hygiènisme de Bruxelles. Mais plusieurs évènements m'ont permis d'entrevoir une réalité bien différente.
Tout d'abord les arrestations de membres de l'ETA. Le coin leur servait de base arrière, laquelle s'étendait jusqu'en Corrèze. C'est toujours le cas. Ensuite, et parce que je fréquentais les bringueurs locaux, j'ai pu me rendre compte que les dopes de nouvelles générations avaient pénétré le territoire très au-delà des zones urbaines où on les croit généralement cantonnées — les dopes et les traficants (au vert) qui les vendaient. C'est toujours, et de plus en plus, le cas. Il y a eu des faits divers sanglants qui rappelaient les agissements des chauffeurs de la Drôme au début du vingtième siècle. Des cambrioleurs à la petite semaine opéraient dans les baraques alentours et fourguaient leur butin (mobilier rustique, argenterie de famille, etc.) sur des sites comme Ebay. C'est toujours, et de plus en plus, le cas. Enfin comment pouvais-je ne pas remarquer l'épidémie de gauchisme qui frappait certaines familles et en frappe de plus en plus ?... Eh oui, en pleine cambrousse. Le bacille se transmet par voie écologique...
Sans faire de bruit, tout un anti-monde s'est donné rendez-vous dans les campagnes pour y exercer ses talents. D'où la multiplication des flics. Et m'est avis qu'en matière de délinquance rurale et de fanatisme champêtre, on n'a encore rien vu…
18:25 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : délinquance, eta, gauchisme, chauffeurs de la drôme, corrèze, cantal, sabotages










