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20.03.2009

Et la colère, bordel !

Ce matin, en relisant quelques textes de ce blog, j'ai découvert avec effroi des fautes d'orthographe et de grammaire, qu'un vieux con comme moi est censé ne pas commettre, surtout quand il la ramène à tous propos du haut de sa chaise en rotin. Ca m'a foutu dans une rage noire. J'ai bien procédé (quel verbe atroce) à quelques corrections, mais je n'ai pas eu la patience, et encore moins le courage, de nettoyer à fond. Tant pis, comme un clochard de la langue, je vivrai au milieu de mes détritus.

Puisqu'il est ici question de rage, je vais dire deux mots de la colère — des banalités. Quand elle n'est pas encadrée syndicalement, elle est mal vue. Elle est même condamnée. La colère collective, il lui faut des rails, et c'est donc à ça que servent les syndicats. D'où il ressort que ces clubs de défenseurs du salarié ne sont rien d'autre, en définitive, que des services d'ordre. D'ailleurs, n'appelle-t-on pas la colère de banlieue violence et celle des stades hooliganisme ?

La colère individuelle — je parle de la vraie, de celle qui remue les meubles et les occupants de la maison — est passible des tribunaux ou de l'hôpital psychiatrique. Qui n'est pas cool une fois est placé sous surveillance. Qui n'est pas cool deux fois est justiciable ou hospitalisable. Le sang chaud, qui nous vient du sud, est interdit. Le sang froid, qui nous vient du nord, est applaudi. Logique, les lois nouvelles participent d'une mentalité de cercle polaire.

Autrefois, les claques, les marrons, les beignes volaient assez facilement. Une parole non tenue ou un mot de trop suffisaient à déclencher la tempête, laquelle retombait le plus souvent très vite, comme une mayonnaise mal montée. Et ça ne faisait pas la une de TF1. Aujourd'hui, oui. Faut dire qu'en haut-lieu, chez Big Brother, y'a longtemps qu'on n'en a pas pris une dans la gueule. Alors, forcément, ça intrigue, ça mérite une enquête.

Reste une question : comment se fait-il qu'une société aussi policée que la nôtre génère encore son lot de colère bien chaude, bien  sanguine ? Le manque de travail, le glandage dans les rues, la drogue ? Citez-moi une seule époque, à l'exception peut-être des trente glorieuses, qui n'ait souffert simultanément de ces trois fléaux (il en existe d'autres)…

Mon idée est que la perception que nous avons de la colère et de ses conséquences a changé. Nous sommes devenus délicats. Or, ce qui caractérise un délicat, ce n'est pas tant la peur de prendre un coup que celle d'en donner. C'est pourquoi il en prend plein le museau.

 

 
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