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10.10.2009

La Cage aux Trolls

Ne tournons pas autour du pot de chambre. Depuis que le Maître Vain trône à l'Elysée, les aventures de Cul et Bite font la une chaque jour. C'est France Tabloid. L'info ne décolle plus du caniveau. Nous vivons dans une ambiance de Régence, phase transitionnelle de notre Histoire, pendant laquelle, pour tuer le temps avant la catastrophe, des politiques secondés par la presse jouent avec leur zézette les airs les plus salaces de l'opéra comique.

Le signal de départ, le coup de pistolet du starter, a été le divorce et le remariage dudit Maître Vain, avec ses deux pimprenelles en couverture, l'une descendant les marches du Palais, l'autre les montant. On a eu ensuite les rumeurs sur les amants de Dati, puis le spectacle de son accouchement supersonique. Deux ou trois outings de députés homo plus tard, l'affaire Polanski (déjà oubliée comme je le pressentais ici voilà quelques jours) a débouché sur la curée contre Mitterrand, qui fermera sa gueule la prochaine fois. Et puis il y a le déballage de la femme d'Eric Besson dans un livre écrit de sa petite main délicate. Il l'a trompée pendant trente ans, explique-t-elle avec rage mais sans pudeur. Je souhaite à cette femme d'une élégance rare de gagner plein de fric avec sa bouse en prose.

Putain, on se croirait dans un séminaire de représentants en aspirateur, quand, le soir venu, après un repas bien arrosé, Alain met son nez dans le soutien-gorge de Sonia au bar de l'hôtel, pendant qu'à l'étage, chambre 202, Georges, le mari de Sonia, roupille à poil, le slip aux chevilles, sur le ventre de Simone, la femme d'Alain. C'est la Cage aux Trolls, du mauvais théâtre de Boulevard.

01.09.2009

Le Parti Socialiste est mort et nous sommes vivants

Depuis plusieurs années, le PS concentre tout ce qu'il y a de plus mou, de plus flasque, en un mot de plus rose en politique. Ce n'est d'ailleurs pas tant une affaire d'idées que d'individus. Je me suis toujours demandé comment un type de la trempe de Mitterrand a pu supporter des Aubry, des Royal, des Moscovici ou des Fabius à sa table. Peut-être ne les remarquait-il pas, tout simplement.

Prenons le cas de Martine Aubry. Lorsqu'elle paraît à la tribune dans sa juppe en grosse laine, on hésite à lui demander si elle vend des poireaux ou des melons. Notez que je n'ai rien contre les maraîchers, dont je remarque au passage qu'ils sont dans une panade autrement réelle que celle du PS. Mais enfin, pour une femme qui cultive le goût du pouvoir, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle n'a pas la main très verte. Oh, je ne doute pas un instant de son intelligence, je m'étonne seulement qu'elle en use avec autant de parcimonie.

Malheureusement pour le PS, il ne suffit pas de tirer sur Martine Aubry à boulet rose pour le ramener à la vie. Mort en 1996 avec son fondateur, il est au mieux un souvenir qui s'estompe dans les mémoires.

Cette plate évidence, ce quasi truisme n'empêche cependant pas les journalistes de porter au cadavre de ce parti une attention aigüe. Comme si le mort, tel Lazare, pouvait sortir de son tombeau à tout moment et répondre à leurs questions.

De deux choses l'une : ou bien ces journalistes sont mirauds (l'amour rend aveugle), ou bien eux-mêmes sont morts, et alors nous sommes plongés en plein roman dickien.

Une rumeur laisse entendre qu'au moins 70% des journalistes voteraient à gauche. Je confirme. Il suffit de traîner dans une salle de rédaction la veille d'un scrutin pour s'en rendre compte. Et n'allez pas croire qu'au Figaro les journalistes votent à droite comme un seul homme, à savoir leur patron. Le Figaro est un quotidien conservateur certes, lu par des vieilles rombières et des jeunes cadres dynamiques d'accord, mais écrit en grande partie par des blancs-becs progressistes que la honte n'étouffe pas totalement.

Où voulais-je en venir ? Ah, oui : la sensibilité politique des journalistes, évidemment, les portent à croire, même s'ils ne se font plus guère d'illusions, que le PS, un jour, renaîtra de ces cendres ou qu'un messie lui rendra son lustre d'antan. Cette explication peut vous paraître sommaire, je vous l'accorde, voire un peu frustre, mais je n'en vois pas d'autres. Du reste, demandez-leur s'ils s'inquiètent autant de la santé du Front National ou du PC, également morts au champ d'honneur (parfaitement, les morts ont une santé, comme tout le monde!). Vous constaterez sans grande surprise qu'ils s'en tamponnent le bélinographe.

Si je vais au bout de mon raisonnement (un gros mot !), la conclusion s'impose d'elle-même : depuis 1996, le PS, c'est les journalistes. Le PS doit uniquement à la nostalgie et à l'espoir des journalistes de flotter encore à la surface des mémoires. Et c'est la raison pour laquelle je propose que la Carte de Presse fusionne avec la carte d'adhérent au Parti Socialiste. Ainsi, les choses gagneraient-elles en clarté, en rationalité et en efficacité.

Vive le People!

07.05.2009

Mort avec la France

Au début des années quatre-vingt, Paris n'était déjà plus vraiment une fête. On passait le balai au milieu des tables et les zincs se paraient d'ennui. François, le joueur de flûte, était entré dans la crypte du Panthéon, entraînant avec lui les derniers fêtards convaincus de descendre dans une bouche de métro. On ne les revit jamais.

Au vrai, les carottes bio étaient cuites à point, prêtes à la consommation, comme l'était la soupe de la nouvelle morale, un genre de touche-pas-mon-pote-mais-l'oseille. Cette soupe-là, le prolo vautré devant Canal Plus la buvait désormais à la paille dans des verres de Coca, cependant que Mèmère, en string sur le waterbed de la chambre, exigeait de son soudeur de mari qu'il parlât plus souvent d'amour, et qu'il lui fît connaître enfin ce fameux orgasme, ininterrompu et parfait, promis par la Gauche depuis l'aube des temps modernes. Paris sombrait dans l'extase, et moi qui venait de ma province, je courais sur la passerelle comme un dément, pour ne rien manquer du naufrage, pour en être et renaître.

Ah, quel mirifique spectacle c'était sur le pont ! Des bambocheurs d'un mauvais genre nouveau, tous artistes honoraires et amateurs appointés, secouaient leurs petits culs en musique comme des maracas bien potelés. Pendant ce temps les membres du gouvernement battaient la mesure légale et filaient la réforme révolutionnaire. Il pleuvait aussi sur cette transe collective des confetti en forme de petites mains jaunes, que chacun s'accrochait au revers du boléro, revenu en grâce sur les épaules et en boucle dans les oreilles à ce moment-là, allez savoir pourquoi ?

Qu'on les glorifia et les courtisa, les marchands de bonheur, qui dispensaient sans compter les merveilles du progressisme au frais du contribuable et de quelque princesse arabe ! Sauf que ces marchands vendaient en réalité du sable, et qu'ils attendaient tranquillement que nous dormissions pour cravatter nos derniers vestiges d'humanité.

Quelle note discordante me réveilla, me rejetant du même coup sur le quai, là où les rêves ont encore un prix ? Vingt-cinq ans après je ne le sais toujours pas. Il n'empêche qu'un jour, sans demander mon reste, je ramassai mon baluchon et rentrai chez moi, à Champ-les-Ploucs, où je ne désirais rien tant que me livrer à mes occupations raisonnablement antisociales.

Las, à peine arrivé, je déchantai. La gigue officielle avait pareillement gagné les pattes des indigènes. C'est ainsi que je les surpris se trémoussant sous l'œil alangui et approbateur de l'envoûteur Lang ; et plus ils se trémoussaient, plus leurs idées faisaient des bulles, au point que leurs crânes, pourtant solides, éclataient sous l'effet du gaz délétère. Une à une, toutes les digues mentales sautaient. Ca débordait de toutes parts, en logorrhée autruiste, et déjà fière de l'être. Je dus me rendre à l'évidence : le pays — le pays des paysans et des ouvriers, celui des instituteurs et des petites gonzesses, celles qui reviennent au printemps sur le dos des hirondelles, ce pays-là sombrait d'un même mouvement que le vaisseau amiral dans la fosse du nouveau monde. Paris, province et deux mille ans d'histoire par vingt-mille lieues sous les mers !

Je n'eus pas le courage de fuir. Pour aller où, d'ailleurs ? De dépit j'empoignai la plus grande bouteille que je trouvai, et commençai de la siffler. J'y travaille encore.

Ma génération est la première, et bien entendu la dernière, qui, faute de mourir pour la France — je m'en passe fort bien —, sera morte avec elle.

Allez en paix. 

15.12.2008

Gauche, Ancien Régime...

Les trois grandes références littéraires et philosophiques de la gauche française sont, en laissant Marx de côté : Montesquieu (pour la séparation des pouvoirs), Voltaire (pour écraser l'Infâme), Rousseau (pour une vie joyeuse et ludique en troupeau). Trois hommes de l'Ancien Régime. Seul Mitterrand s'en était rendu compte, qui leur préférait Chardonne.

 
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