28.09.2008
Renaud Matignon
Renaud Matignon était un grand écrivain, c'est pourquoi il n'a jamais écrit un livre. Il se contentait de mettre à nu ceux des autres, avec un talent qui leur était souvent supérieur, voire étranger. Peu de temps après sa mort survenue en 1998, les éditions Bartillat ont rassemblé et publié ses chroniques littéraires sous le titre La liberté de blâmer… Les éditeurs ont parfois des idées lumineuses. Extraits :
A propos d'un livre de Marc-Edouard Nabe : «Des grandiloquences d'opéra racontent des miettes d'insignifiance. C'est Wagner chez les pucerons.»
Sollers : «Bernard Tapie de la chose imprimée, il se fait éditeur, critique, chef des ventes et agent publicitaire. Il use de son charme et se consacre des commentaires, généralement élogieux. Il obtient, en outre, ceux du Monde et des grands hebdomadaires. Enfin, il a pris soin d'organiser une campagne de promotion dans les publications étrangères. Ca, c'est pour l'exportation.»
Djian : «Il y a des écrivains, qu'ils parlent de la pluie, et tout soudain, oui, voici qu'il pleut. C'est vrai chez les plus dissemblables, Proust ou Mauriac, ou Simenon, ou Colette, ou Genet — et chacune de ces pluies est différente des autres, elle a son odeur et sa musique propres, et le lecteur en est tout imprégné. C'est vrai de tous les romanciers. Ce n'est pas vrai chez M. Philippe Djian, et ce doit être une bénédiction que la compagnie de cet homme-là pour le promeneur sans parapluie : même sous des trombes d'eau, pour peu qu'il vous raconte l'averse, on se sentira au sec.»
Duras : «Mme Marguerite Duras, qui n'a rien à dire, vient de le dire longuement à la télévision. Elle mettait dimanche soir un bouquet final à ce silence bavard et sentencieux. Comme le langage articulé à peu de place dans son discours, elle s'est rattrapée sur les blancs et les points de suspension. Et comme l'inventaire de son œuvre et de sa pensée lui laissait des loisirs, elle s'est promenée autour d'elle-même avec une satisfaction sans réplique.»
Sagan : «Avec Un chagrin de passage Françoise Sagan n'y va pas de main morte. Elle s'ennuyait, sans doute, dans ces passions en sourdine et ces bonheurs disparus qui constituent proprement le paysage saganien. A l'heure du sida, de l'effondrement du communisme et de la faim dans le monde, l'instant était solennel, il fallait un sujet qui ne le fût pas moins. Elle a trouvé : un homme, chez le médecin, apprend qu'un cancer le condamne : il lui reste six mois à vivre. Racontez sa journée. Voilà Mme sagan devant le vide du monde. Mme Sagan raconte. C'est accablant.»
Besson, Patrick : «M. Besson écrit comme on expédie des paires de claques, mais on a l'impression qu'il tape du pied moins pour faire mal que pour être applaudi, et qu'il déplaît pour être aimé.»
Gallo : «Nous apprenons que M. Max Gallo, député socialiste des Alpes-Maritimes et de justesse vient de publier un roman sous le titre Un crime très ordinaire. Aux Niçois qui mal y pensent nous tenons à assurer que leurs craintes étaient vaines. M. Gallo n'a pas publié un roman. Son objet en forme de livre ressemble à un livre. Il a la même odeur que le livre mais ce n'est pas un livre. M. Max Gallo, qui prétend faire le portrait de notre société, avec une goutte d'affaire de Broglie, un zeste d'affaire Fontanet et un rien de corruption niçoise, est le Canada Dry de la littérature… Comme tous les bons élèves, il confond les accords de Yalta et les accords de participe.»
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