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11.03.2010

L'odeur des élections

Les élections se repèrent à l'odeur. Plus elles approchent et plus l'air devient irrespirable. Comme si la presse et la classe politique profitaient de cette occasion pour vidanger leurs égouts.

Les élections, c'est donc avant tout un manque certain d'éducation. Imaginez un instant que cinquante péquins décident de déballer leurs sacs de linge sale dans le bureau d'un quelconque ministre ou député pendant plusieurs mois. Quel tête ferait-il ? Ne serait-il pas en droit de faire appel à la force publique pour recouvrer sa tranquilité ou obtenir au moins de ne plus entendre d'insanités ?

Il y a là une idée à creuser. Par exemple, assigner à résidence, le temps de la campagne électorale, toute personnalité politique prise en flagrant délit de grossièreté ainsi que tout journaliste qui se ferait l'écho de ce qu'on a coutume d'appeler désormais un «dérapage». A la niche, le vilain personnage !

Parenthèse : le mot «dérapage» n'est-il pas applicable à chaque mot sorti de la bouche d'un politique ? Re-parenthèse : si mes questions revêtent souvent un caractère extrême, mes réponses sont toujours modérées.

On me sussurre qu'il existe un moyen plus simple et plus radical de rétablir certaine forme de bienséance en société : supprimer pour de bon la politique, ce fanatisme religieux élevé au carré. D'abord je ne cautionne pas cette assertion… «fanatisme religieux élevé au carré». L'exposant est à l'évidence trop faible. Ensuite, on s'ennuierait ferme, sans politique. Les repas de famille seraient mornes et les bistrots des cimetières.

Non, je ne vois que le rétablissement de l'étiquette pour mettre un peu d'ordre dans ce foutoir que sont les élections. L'étiquette dont la clé de voûte est l'honneur, je le rappelle. Tout manquement à ses règles entraînerait automatiquement le bannissement du malotru ou son suicide, sans qu'on ait même à l'y contraindre. Genre, à la japonaise. Un journaliste de Libé ou un ministre du temps à tuer se faisant hara-kiri, ça aurait de la gueule…

13.04.2009

Je ne parlerai plus jamais de Sarkozy

Tous les chemins mènent à lui. Lui dont le pronom sera bientôt précédé d'une majuscule et dont le nom sert de clé à toutes les serrures du monde, comme s'il possèdait la vertu de tout expliquer par sa seule invocation. Sans lui, la presse serait orpheline. Et surtout beaucoup plus endettée qu'elle ne l'est aujourd'hui. Même Marianne, qui n'est pourtant pas le canard le plus mal loti, aurait rejoint le cimetière des journaux en faillite depuis déjà longtemps s'il ne lui déroulait sa une comme un tapis rouge deux ou trois fois par mois.

Car Sarkozy est juteux. L'homme à la Rolex d'or est un très bon produit, une sorte de super hamburger médiatique, que l'on chante ses louanges ou qu'on l'agonise. Si la gauche demande que son temps de parole présidentielle soit comptabilisé et limité, c'est bien parce qu'elle a diagnostiqué l'accoutumance qu'il provoque chez les médias. Elle aimerait qu'à chaque citation de son nom soit adjoint la mention «abus dangereux». Malheureusement pour elle, ça ne changerait rien au problème. Ils en parleraient encore, quittes à payer une amende.

Sur le web, des blogs lui sont entièrement consacrés (le plus souvent pour le démolir). Que leurs auteurs lui doivent entièrement leur existence électronique n'a pas l'air de les déranger. Tant mieux pour eux. Cependant, qu'ils prennent garde : l'intéressé pourrait leur réclamer des droits d'auteur — paraît qu'il est raide en affaire.

N'importe quel blogger vous le dira, écrire le nom de Sarkozy multiplie les visites, comme par enchantement. C'est pourquoi, même s'il s'en bat l'œil, le blogger est parfois tenté de gribouiller son nom, histoire de combler un trou. La panne d'idée, ça arrive. C'est mon cas aujourd'hui.

Bref, jamais homme politique n'aura bénéficié d'une telle pub gratuite, bonne ou mauvaise. C'en est devenu étourdissant. Naturellement, par effet de capilarité, son nom se répand dans les foyers, s'infiltre dans les bureaux, s'insinue dans les troquets, pousse dans les champs à l'heure du casse-dalle. Ad nauseam. Aussi lancinant qu'un acouphène.

Vivement la quille… que nous autres perroquets nous ayons un nom nouveau à répéter stupidement. 

01.09.2008

Reprise

La politique : Ali Babil et les quarante gobeurs.

Un copain me prête une bande dessinée. Je la feuillette, puis la referme. Quelques jours plus tard, il me demande : «Alors, elle t'a plu ?» De peur de le froisser, je réponds oui. Aussitôt, avec enthousiasme, il m'en prête une deuxième, que je glisse sous mon bras, et que je pose dans un coin, sans même l'ouvrir, une fois rentré chez moi. Si je ne lui avoue pas rapidement mon absence totale d'intérêt pour ce genre de production éditoriale, je finirai écrasé sous un monceau de bulles, de AARGH, de ZOUICH et de BOUM.

 
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