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12.12.2008

La France vue par Gracq et Mauriac

Aveuglantes Lumières (Gallimard, 2006) de Régis Debray s'ouvre sur une conversation téléphonique de l'auteur avec Julien Gracq et se referme à Saint-Florent-le-Vieil chez ce même Julien Gracq, qui lui dit ceci, page 203 : «Vous savez, en 1939, au front, on inaugurait la mentalité casque bleu, on avait cinquante ans d'avance. On surveillait la ligne de démarcation en boudant nos biscuits de guerre et réclamant du pain frais. Personne ne pensait à se battre. On était là pour empêcher les incursions de part et d'autre, pour assurer la paix. C'était comme si l'ennemi n'existait pas.» Et, de fait, pour les allemands, l'ennemi n'exista pas.

Dans l'une de ses dernières chroniques au Matin de Paris (avril 1985), Bernard Frank rapporte des propos que Mauriac a tenus en 1970. Ils font écho à ceux de Gracq. «Ces mystérieux français», disait-il, veulent «être heureux». Et ce depuis 1936. De quel bonheur ? «Un bonheur tout simple. Celui que leur a livré le cinéma : le bonheur des riches. Ils veulent des loisirs, des autos qui aillent vite, même s'ils doivent se tuer avec elles, de l'amour, même si cela doit être une caricature.» Or, tandis que «l'ombre immense de Hitler bouchait déjà l'horizon», ils ne changèrent rien à leur passion. Des autos, de l'amour et Charles Trenet en fond sonore. Cette passion, pendant Vichy, et malgré la défaite, «ils l'ont mise sous cloche (…) ils ont réussi à garder intacte leur petite fleur (…) Lorsque la guerre a été terminée, ils ont ôté la cloche qui couvrait la petite fleur et ils en ont respiré le parfum.» 

 
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