27.03.2009
Paris-Match fête chichement ses soixante ans
Je m'attendais à un numéro hors-série bourré à craquer de unes et de photos choc. Je me voyais déjà lâcher un billet de dix. J'ai donné deux euros quarante pour un numéro ordinaire, triste : un numéro de crise. C'est Paris-Mat.
Le seul gros effort consenti par l'hebdo pour son anniversaire a été de payer des écrivains, pas loin d'être mat aussi, pour évoquer les six décennies durant lesquelles Match a régalé les salles d'attente des vétérinaires et des dentistes.
Années cinquante : Patrick Besson. «Les années 50 sont whisky. On terminait la bouteille. Les voyages étaient désorganisés. Comme il n'y avait pas de limitation de vitesse et qu'on avait le droit de conduire saoul, on arrivait sur la Côte d'Azur le lendemain matin et à Venise le midi suivant.» Besson aurait dit la même chose des années 1850 en remplaçant les voitures par des calèches et le whisky par un tord-boyaux du Bas-Berry.
Années soixante : Philippe Labro. Dit La Brocante. Un tas, un kern, une pile de faits «marquants» négligemment jetés sur le papier comme des babioles sur un banc aux puces de Montreuil. Tout à un euro. Impossible à citer car illisible.
Années soixante-dix : Patrick Rambaud. Où l'on apprend que le Saint-Simon du règne de Nicolas 1er en pinçait pour Giscard. C'est un scoop, spécialité de Paris-Match.
Années quatre-vingt : Michel Houellebecq. Un long, un long papier sur Daniel Balavoine. Si laudateur qu'on dirait du laudanum. A lire après s'être injecté 10 cc de café en intraveineuse. Ne pas hésiter à s'en remettre une dose en cours de lecture.
Années quatre-vingt-dix : Frédéric Beigbeder. Il écrit vraiment comme un auteur de BD bègue. A retenu de ces années qu'elles n'étaient pas sérieuses et que «l'Histoire est une vaste plaisanterie, de très mauvais goût, puisqu'elle dure depuis si longtemps.» En somme, une gueule de bois.
Années deux mille : Florian Zeller. Après avoir écarté la longue mèche de cheveux blonds qui lui barre l'horizon, il a enfanté un papier de quatre feuillets, où il remarque que les mots «grillons», «ormeaux», «cresson», «noisetiers», «bruyères», «tilleuls», dont Rimbaud parsemait ses poèmes, ne disent plus rien à l'homme d'aujourd'hui. S'il parle pour lui, ce n'est pas faux.
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