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03.02.2010

Apocalypse de la critique

Les adorateurs de l'Apocalypse sont comblés. En quelques mois deux films ont donné forme à leurs rêves d'anéantissement-renouvellement : 2012 de Roland (bouché à l') Emmerich et La Route de John Hillcoat.

Le premier est un pudding ridicule, grossier et néanmoins haletant. Il faut voir ces pans entiers de continents s'effondrer sur eux-mêmes dans un bruit et une fureur jamais atteints pour prendre la dimension de ce que le cinéma est devenu et de son pouvoir d'illusion désormais sans limite. La Californie disparaît réellement dans un abîme, Washington est balayé par un tsunami, la chaîne himalayenne est transformée en mare aux canards et le Parc du Yellowstone explose comme une cocotte minute dont on aurait soudé le bitogno sur le couvercle. Le rendu de ces gigatastrophes est tel qu'on a l'impression de regarder les infos, assis pépère au fond de son fauteuil, bien entendu. D'une bêtise et d'une méchanceté achevées, 2012 réussit cependant le tour de force de ne pas ennuyer une seconde, comme disent les critiques de Téléprout.

Dans le deuxième, le réalisateur a pris le parti plus modeste de torturer un père et son fils. Le chevalet de torture sur lequel ces deux êtres sont suppliciés pendant près de deux heures est une terre dévastée par on ne sait trop quoi, grise et poussièreuse, et les outils du supplice sont des hordes de cannibales et d'autres joyeusetés comme la faim, le désespoir, la peur ou le froid. Le scénario suit à la lettre les règles du road movie, et à la fin le père meure, mais pas le fils. Celui-ci trouve même une famille adoptive, probablement recomposée.

La morale de ces deux films est aussi bête que notre époque. En gros, on paie toujours ses fautes, justice immanente pour tous, etc. Mais il ne sert à rien de s'étendre là-dessus, pas plus que sur leur supposé contenu idéologique. D'ailleurs, ils n'en ont pas. Comme Avatar n'en a probablement pas non plus, mais je me garderai bien de l'affirmer, ne l'ayant pas vu. Je dis ça parce que j'ai été un peu estomaqué par la folie qui s'est emparée de nombreux critiques à propos de ce film. Pour les uns il s'agit d'un manifeste écolo-anti-colonialiste et pour les autres d'un ragoût pro-américain tout ce qu'il y a de plus classique. Certains ont vu dans ces hommes bleus des indiens, d'autres des chinois expropriés. Un petit malin a même conclu que le zigouillage de l'arbre sacré des Na'vi symbolise l'attentat du 11 septembre. Bref, aucun de ces critiques n'a vu le même film. Star Wars avait fait l'objet d'interprétations tout aussi délirantes à la fin des années soixante-dix. Les couillons à plume traquaient alors l'anti-marxisme jusque dans les bretzels de la Princesse Leia. Se sont-ils jamais rendu compte, ces éternels imbéciles de la critique appointée, que le populo qu'ils prétendent éclairer n'a rien à carrer de leurs lumières, dont il sait bien qu'elles sont enfantillages, lubies, coups de lune, au fond rien de très grave que le temps ne puisse guérir ?… Il faut bien qu'intelligence se passe.

 
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