07.04.2010
Fatwa, un mot passe

Sur les 32 000 mots que comprend le français usuel, environ 500 proviennent de l'arabe, lesquels sont le plus souvent relatifs à la botanique, l'équitation, la cuisine ou l'astronomie. Ma préférence va tout naturellement aux mots alambic et alcool, dont je note au passage qu'ils sont passés de mode dans leurs pays d'origine.
Depuis une vingtaine d'années, un mot arabe n'appartenant à aucun des registres susmentionnés tente à son tour de se faire une place au soleil de notre langue, hélas par la menace et le juridisme le plus exacerbé, je veux bien sûr parler de la fatwa.
Ce mot désigne un avis ayant force de loi et prononcé par un religieux musulman. Contrairement à une opinion très répandue, une fatwa n'a pas toujours valeur de condamnation, elle peut aussi avoir un caractère positif. Malheureusement, la fatwa lancée en 1989 contre l'écrivain Salman Rushdie accusé par des extrémistes d'avoir blasphémé le Coran a donné à ce mot un sens exclusivement négatif, et pour tout dire effrayant, surtout quand on songe à l'épreuve infligée à cet homme qui se terra durant de nombreuses années pour échapper à une mort infamante… décrétée par une poignée de fous.
Mais ce mot ne serait-il pas en train de perdre sa force et son pouvoir de fascination ? Je le rencontre de plus en plus souvent dans des conversations anodines ou dans des articles de presse sans rapport avec l'Islam, comme ce dernier en date sur Marianne2, où l'on apprend que Denis Tillinac «dénonce la police langagière et la fatwa médiatique», dont Eric Zemmour ferait les frais (sur ce point je ne pense pas que Zemmour soit en frais, «son» histoire lui ayant au contraire attiré beaucoup de sympathie et rabattu de nombreux lecteurs et auditeurs). Or, quand un mot tel que fatwa perd de sa virulence, c'est le signe qu'il est en train de se dissoudre dans le langage commun, et qu'un jour prochain, il sera aussi émoussé que inquisition, qui ne déclenche plus que des sourires de circonstance, ou guillotine, encore employé par les fenêtriers, mais seulement eux.
En conséquence de quoi, il me semble urgent pour les quelques religieux musulmans adeptes des condamnations et menaces tous azimuths (mot d'origine arabe) de trouver un mot qui ait à nouveau le tranchant d'un cimeterre (mot d'origine persane).
16:23 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : français, arabe, islam, zemmour, rushdie, tillinac, coran










