06.09.2008
Pensée magique
Siné ne m'a jamais fait rire, et encore moins cogiter. Et puis, les crobars, moi, ça m'emmerde, même s'ils valent mieux qu'un long discours. Il ne m'a jamais fait rire, et pourtant je me dis qu'il serait dommage de le laisser perdre, lui et cette idée qu'il faut toujours déboutonner sa braguette et pisser sur les godasses d'un important — ou d'une valeur, d'une doctrine, d'une religion, à condition qu'elles portent des chaussures ! —, au moins symboliquement. D'abord, c'est rendre un grand service à l'important (il finirait par se prendre pour une divinité) ; ensuite, c'est un bon moyen de lâcher la bride au fou qui piaffe dans notre caboche. Bien sûr, le sérieux de l'époque, aux antipodes de toute gravité, supporte mal ce genre de licence. Les blagues vaseuses sur le judaïsme ne sont pas conseillées (sur le sionisme, oui, et même encouragées !). Car elle est tellement corsetée, cette époque, tellement trou'd'cul, que le moindre mot, la plus petite idée déviante, lui déchire le contour anal. Elle a peur des mots, preuve qu'elle croit à la magie et aux esprits. Sur ce point, les anglo-klaxons sont moins superstitieux, et, pour tout dire, beaucoup plus évolués que nous autres français des Loumières. Ils chient peut-être dans leur pantalon autant que nous, mais ces mots, ils les affrontent dans un corps à corps de chaque instant. Ils ont d'ailleurs tout un barda de lois qui autorise leur libre circulation, quel que soit le fumet qu'ils dégagent. A chacun de se démerder avec. La linguistique n'échappe pas à la doctrine libérale dans les terroirs shakespeariens. C'est sans doute (aussi) pour ça qu'ils ont encore une littérature, et donc une grille probante de lecture du monde.
15:44 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : siné, peur, esprits, sérieux










